Si j’avais mille écus de trop, je les offrirais à celui qui déterminerait les raisons qui font que dans toutes les émeutes—il y a majorité de tailleurs. Je ne comprends pas bien l’intérêt qu’ont les tailleurs à ce que le pays devienne sans-culotte.
Il y a quelques jours, le prince russe T**, accompagné d’un domestique, traversait la Halle dans un cabriolet qu’il conduisait lui-même. Le prince T**,—je dois le dire à ceux qui ne le connaissent pas,—porte la tête plus qu’inclinée sur l’épaule.—Son cabriolet toucha l’éventaire d’osier d’une femme qui vendait de la salade;—elle fit des cris de paon,—et se plaignit qu’on écrasât le pauvre monde.—Le prince descendit, lui mit un louis dans la main,—et lui dit: «Ma bonne femme, si par hasard vous étiez malade,—voici mon nom et mon adresse: je vous enverrais mon médecin.» Cela dit,—il remonta dans son cabriolet. «Ohé! lui cria la marchande de salade qui n’avait même pas eu peur, ton médecin, mon fils, si c’est lui qui t’a remis le cou, j’en veux pas.»
On fait cette année des bonbons très-ridicules: ce sont tous les gens célèbres en sucre plein de liqueur.—J’ai envoyé hier à quelqu’un madame Sand au punch, M. Hugo au marasquin,—M. de Lamartine au rhum, mademoiselle Rachel au kirchenwaser,—M. de Chateaubriand à l’anisette,—M. Thiers au genièvre, etc., etc.
Comme joujoux, on donne beaucoup aux enfants:—des Dupin en bois qui remuent les jambes et les bras au moyen d’un fil.
On faisait compliment à la jolie duchesse *** de là naissance prochaine et apparente d’un héritier d’une si illustre maison que la sienne. «N’en dites rien à mon mari, répondit-elle, c’est une surprise que je lui prépare.»
M*** a tellement l’horreur de faire des cadeaux, que chaque année il attend au dernier moment pour donner ses étrennes, espérant toujours que quelques morts subites pourront en diminuer le nombre; cela s’étend même jusqu’à ses petits-enfants, qu’il aime beaucoup; mais c’est si fragile un enfant!
Depuis que la pièce de madame de Girardin a montré les journalistes ne puisant leur verve que dans le vin,—M. Janin—n’a pas manqué un seul matin, après son déjeuner, qui se compose d’une tasse de chocolat et d’un verre d’eau, de dire à son domestique: «François, enlevez les restes de cette orgie.»