LA PRESSE.—C’est ici, monsieur Augustin, que vous avez à me rappeler quelque chose.

O moralistes!—ô philosophes!—ô poëtes!—qui dites: «La société tombe en dissolution,—parce qu’il n’y a plus de croyances,—parce qu’on ne croit plus à rien.»

O mes braves gens! plus de croyances! Mais jamais il n’y a eu autant de crédulité; jamais les hommes n’ont été aussi jobards et aussi gobe-mouches; mais les peuples qui adorent et prient la fiente du grand lama sont des incrédules et des voltairiens auprès de nous.

Plus de croyances!—Mais on croit à tout;—mais on se dispute pour tout;—mais on se bat pour tout.

Plus de croyances!—à une époque où un pouvoir aussi singulier que celui de la presse est le seul pouvoir!

On ne croit plus à rien!—Mais écoutez donc, monsieur Augustin.

La presse est un pouvoir qu’il faudrait comparer à Dieu si on ne connaissait pas les champignons,—car il ne procède que de lui-même.

La presse est un champignon qui s’est élevé un matin sur le détritus de tous les autres pouvoirs.