Ainsi donc, monsieur Augustin,—vous savez comment sont les choses, je crois vous les avoir montrées avec fidélité.

Permettez-moi de vous donner un conseil: tâchez qu’on tue le moins de monde possible, ne dégradez plus personne; il y a bien assez de gens qui se dégradent eux-mêmes, vous pouvez bien attendre.

Croyez-moi, restez au café Lyonnais,—ne livrez pas votre modeste existence à tout ce brouhaha.—Qui sait si votre gloire n’a pas déjà produit pour vous des fruits amers,—et si on ne dit pas de vous, au café Lyonnais,—comme du héros d’un des spirituels dessins de Daumier,—que «vous connaissez le double blanc?»

L’AUTEUR. Les choses sont au fond comme elles ont toujours été,—comme elles seront toujours.

Les hommes ne sont pas si frères qu’on le dit; à peine étaient-ils trois ou quatre au monde, qu’ils ont commencé à s’entre-tuer.

Et La Bruyère l’a dit:

«S’il n’y avait que deux hommes sur la terre, ils ne tarderaient pas à avoir dispute, quand ce ne serait que pour les limites.»

La perturbation actuelle vient de ce que le peuple est un peu comme l’ours du Jardin des Plantes: on lui jette au bout de son arbre un gâteau au haut d’une ficelle pour le faire monter,—puis, quand il monte, on retire la ficelle.