Aussi, dans mes premières observations sur l’œuvre du Courrier Français, ai-je un regret très-vif de ne pouvoir parler que de l’ouvrage, faute de connaître l’auteur: il vous eût été agréable de savoir, par exemple, s’il a le nez trop long ou trop court, s’il a une épaule un peu haute, ou une jambe un peu courte; vous aimeriez que son père fût portier et qu’il eût des dettes.

Je sais bien que, si je vous le disais, vous le croiriez sans scrupule et que vous n’admettriez aucune preuve du contraire, quelque convaincante qu’elle pût paraître; ces renseignements qui ravalent les gens sont suffisamment prouvés par le désir qu’ont ceux à qui on les donne qu’ils soient véritables.

J’aurais voulu, au moins, vous dire quel tic l’auteur a eu en écrivant; car les uns tambourinent sur la table, les autres roulent du tabac dans leurs doigts;—celui-ci siffle entre ses dents;—celui-là se gratte le front. M. Victor Hugo marche en faisant ses vers;—M. A. de Musset fume;—M. Antony Deschamps s’enfonce les poings dans les yeux;—M. Janin parle d’autre chose avec les gens qui sont autour de lui;—M. de Balzac boit des soupières de café;—M. Gautier joue avec ses chats;—M. de Vigny passe ses doigts dans ses cheveux;—M. Paul de Kock renifle du tabac;—pour votre serviteur, il tourmente ses moustaches et les tire jusqu’à se faire mal.

Malheureusement,—je n’ai aucun moyen de vous donner des renseignements de ce genre sur notre auteur,—et je comprends tout ce que mon travail à d’incomplet.—En effet, comme je vous le disais tout à l’heure, on aime à tempérer l’admiration qu’on croit ne pouvoir refuser à un homme par quelque chose d’horrible ou de ridicule qu’on sait de lui, ce qui rétablit l’équilibre; et, tout en nous le montrant supérieur par un côté, nous rend cette supériorité d’un autre côté. Il n’est pas un seul homme, si élevé qu’il soit au-dessus des autres, que nous ne nous croyions supérieur à lui en quelque point.

N’ai-je pas moi-même, tout à l’heure, dans ma première observation sur le fragment que je commente, abusé de mes habitudes sur les côtes de Normandie pour chicaner mon auteur sur une petite erreur au sujet des causes qui agitent ou qui calment la mer, et n’avais-je pas, il faut l’avouer, pour but, beaucoup moins de vous éclairer que de prendre moi-même un avantage sur cet écrivain, et de me venger des éloges que je suis forcé de lui donner, en le rabaissant sur un point où j’ai une supériorité du moins apparente?

Décembre 1841.

Les tombeaux de l’empereur.—M. Marochetti.—M. Visconti.—M. Duret.—M. Lemaire.—M. Pradier.—Un nouveau métier.—L’arbre de la rue Laffitte.—Les annonces.—Les réclames.—Un rhume de cerveau.—Un menu du Constitutionnel.—D’un acte de bienfaisance qui aurait pu être fait.—Les départements vertueux et les départements corrompus.—M. Ledru-Rollin.—Un nouveau noble.—M. Ingres et M. le duc d’Orléans.—Les prévenus.—L’opinion publique.—Suite des commentaires sur l’œuvre du Courrier français.—M. Esquiros.—Le secret de la paresse.

Quand un journaliste parle de la presse en général,—c’est tout ce qu’il y a de vertueux, d’honnête, de désintéressé, de respectable.

C’est la seule majesté qu’il soit possible de reconnaître.—Les lois doivent plier devant elle;—c’est un crime de se défendre contre ses attaques;—elle a raison sur tout et contre tout.—La presse est infaillible.