qui reflète dans son cours tout ce qu’il voit sur ses bords,—les grands peupliers et les petites herbes, le soleil et les étoiles,—la barque qui glisse et l’oiseau qui passe.
La poésie d’Alphonse Esquiros avait des qualités naturelles,—mais elle manquait d’originalité,—elle reflétait trop ses lectures du moment;—je l’ai vu, tour à tour, sans cependant copier servilement, imiter la manière de M. Hugo,—celle de M. de Lamartine et celle de cent autres. Il y a quelques mois, il publia une nouvelle fantastique inspirée de la Larme du diable, de M. Th. Gautier, charmante création inspirée par le Faust de Goëthe.
A cette époque parut je ne sais quel livre de M. de Lamennais,—Esquiros le lut, et fit l’Évangile du peuple;—le parquet se saisit de l’affaire, et on mit Esquiros en prison,—comme M. de Lamennais;—c’était pour Esquiros pousser l’imitation plus loin qu’il ne l’avait cru.
S’il y avait en France un ministre de l’instruction publique,—il aurait connu Esquiros,—il l’aurait fait venir et lui aurait dit: «Vous faites de jolis vers aux arbres et à la lune, ne vous mêlez pas à ces choses; quand vous imitez, n’imitez pas les gens que l’on met en prison.»
C’est ce qu’on ne fit pas, et on prit le crime d’Esquiros au sérieux,—et on le mit à Sainte-Pélagie.
Qu’arriva-t-il de là? qu’il prit à son tour au sérieux le martyre et la persécution; que les journaux, qui n’avaient jamais parlé de lui tant qu’il n’avait eu que son talent, le louèrent beaucoup quand il fut mis en prison,—ce qui prouva pour la millième fois que ce n’est pas du talent, mais de la prison, qu’ils font cas.
Et encore que ce pauvre enfant innocent et doux comme une fille—s’ennuie,—s’attriste, pleure,—réclame le soleil et l’air,—fait de jolis vers là-dessus en retour desquels, comme martyr, persécuté pour le peuple, il reçoit de mauvais lieux communs emphatiques.
Quatorzième observation.—REMONTENT.
Il n’y a ici qu’un petit défaut,—c’est que, pour que sa phrase eût un sens, l’auteur aurait dû dire descendent; cependant le mot est correctement orthographié.