Elle se présenta à propos du concours pour le tombeau de l’empereur Napoléon.—M. Gautier fut chargé de rédiger le rapport de la commission, et, sur cette pièce d’écriture, où on lui a donné plusieurs collaborateurs pour qu’il ne s’échappât pas trop en esprit, on lui a donné enfin le ruban rouge.
J’approuve, on ne saurait davantage, qu’on ait accordé cette distinction à un jeune homme d’esprit et de talent,—mais je demande pourquoi on la lui a donnée après le rapport de la commission sur le concours pour le tombeau de Napoléon, au lieu de la lui donner après la publication de la Comédie de la Mort, volume plein de charmantes fantaisies et de vers du plus grand mérite.
Et je me réponds: C’est que le pouvoir a toujours un peu peur des supériorités.—Tant qu’on les tient au pied de l’échelle, on paraît toujours plus grand qu’elles, parce qu’on est plus élevé, et, pour le public, c’est la même chose.—Mais, si une fois on les laisse se hisser sur les mêmes tréteaux, alors les médiocrités qui les y ont précédées, réduites à leur taille réelle, risquent fort de ne pas conserver leur avantage.—C’est pourquoi on exige des gens de talent une foule de conditions préalables relatives au niveau.—On ne les laisse entrer dans les faveurs du pouvoir—que comme les chevaux de remonte entrent dans les régiments; il faut qu’ils prouvent par des papiers bien en règle qu’ils sont hongres comme tout le monde.
Pour cette fois, cependant, je ne leur conseille pas de s’y fier.
Je suis sûr, néanmoins, mon cher Théophile, que vous ne vous êtes pas, à beaucoup près, donné tant de mal pour obtenir la croix—que j’en ai depuis huit jours à décider mon voisin à me vendre un rosier à fleurs jaunes qu’il avait dans sa haie.—Je n’ose repasser dans ma mémoire—tout ce que j’ai fait de bassesses, ce que j’ai commis de fourberies, pour décider mon homme; et j’ose moins penser à ce que j’en aurais fait de plus s’il n’avait pas cédé aussitôt. Il faut dire que c’est la grosse rose jaune double,—et que le rosier a sept pieds de haut.
On vient de publier, sous le titre de Glanes, un volume de mademoiselle Louise Bertin.
En voici huit vers pleins d’une exquise délicatesse:
«Si la mort est le but,—pourquoi donc, sur les routes,
Est-il dans les buissons de si charmantes fleurs?
Et, lorsqu’au vent d’automne elles s’envolent toutes,
Pourquoi les voir partir d’un œil mouillé de pleurs?
Si la vie est le but,—pourquoi donc, sur les routes,
Tant de pierres dans l’herbe et d’épines aux fleurs!
Que, pendant le voyage, hélas! nous devons toutes
Tacher de notre sang et mouiller de nos pleurs?»