Je déclare qu’à compter de ce jour—je perds toute confiance à l’égard de la viande. A quelles côtelettes se fier, bon Dieu!—Un homme de trente ans ne sera pas assuré contre la chance de manger un bifteck plus âgé que lui,—ou recevra en héritage un pot-au-feu octogénaire et patrimonial,—resté de père en fils dans la famille;—les gigots seront des momies, et nous aurons, au lieu de côtelettes panées, des côtelettes empaillées.
Horace dit à Mécènes: «Nous boirons d’un vin mis en pot—le jour où le peuple salua par trois fois Mécènes, chevalier, à son entrée au théâtre.»
Dans vingt ans d’ici, un poëte de ceux qui tettent aujourd’hui, écrira, non pas à M. Mécènes,—les Mécènes aujourd’hui coûtent trop cher et minent les poëtes,—mais à un simple ami: «Viens manger des côtelettes d’un mouton tué le jour où M. Pasquier fut élu membre de l’Académie française.»
Je m’élève contre l’embaumement de la viande de la boucherie.—Les bœufs de Poissy ne doivent pas être traités comme le bœuf Apis, parce que celui-là on ne le mangeait pas. Et puis, à force d’embaumer et d’empailler tout le monde,—les pharaons, les doyens, les bourgeois, les moutons, les gardes nationaux,—il se mettra dans la boucherie une confusion fâcheuse.—Je ne veux pas être exposé à manger un jour, au café de Paris, M. Gannal au beurre d’anchois.
J’ai donné place de si bonne grâce aux réclamations, qu’on ne me saura pas mauvais gré d’en faire une moi-même,—et je l’adresse à M. Émile de Girardin, qui, j’en suis convaincu, aura la loyauté de la mettre dans la Presse,—autrement ce serait imiter ce prédicateur, qui, voulant réfuter les doctrines de Rousseau, adressait ses objections foudroyantes à son propre bonnet placé sur le bord de sa chaire,—sommait ledit bonnet de répondre;—et après quelques instants, disait: «Tu ne réponds pas, philosophe de Genève, donc tu es convaincu sur ce point.—Passons à un autre.»
«Monsieur, je lis dans un des derniers numéros de la Presse, après quelques lignes où il est question de moi:
«Si nous citons ici le nom de M. Alphonse Karr, c’est que, contrairement, cette fois, à son habitude, il a insisté avec plus d’esprit que de bon sens, dans plusieurs numéros des Guêpes, sur la nécessité d’obliger les auteurs à signer leurs articles, comme la meilleure base qu’on pût donner à une nouvelle loi sur la presse.»
«Je vous remercie d’abord, monsieur, d’avoir bien voulu mentionner mon opinion dans un article où vous passez en revue celle des publicistes les plus distingués,—même quand vous ne faites paraître la mienne que pour déclarer qu’elle n’a pas le sens commun.