—Voyons, T***, vous savez que j’ai horreur des compliments. Trouvez-vous que je sois ressemblante?

—Certainement, la peinture de monsieur est fort bien; je dirai plus... elle est... fort bien; mais vous êtes plus jolie que cela.

Le peintre se retourne avec l’intention de faire observer au connaisseur que le portrait n’est qu’ébauché; mais il s’arrête, et sa pensée se dessine sur ses lèvres en un sourire ironique. Le connaisseur continue:

—Il y a, ou plutôt il n’y a pas... un je ne sais quoi; enfin, monsieur, je voudrais voir ici, dans les yeux, plus de... vous comprenez, et aussi quelque chose dans le front.

—Et, dit la femme, ne trouvez-vous pas aussi que le cou est un peu noir?

—J’ai eu l’honneur, dit le peintre un peu impatienté, de dire à madame que, si je ne marque pas d’ombres, elle aura la figure plate comme une silhouette; avec plus d’attention, madame apercevrait ces ombres sur la nature.

—Ah! pour cela, dit le connaisseur, monsieur a raison: ce sont les ombres;—on ne peut chicaner les peintres là-dessus; c’est une imperfection, mais ils ne peuvent faire autrement; l’art a ses limites. Les madones de Raphaël ont peut-être un peu moins d’ombres que le portrait que fait monsieur, mais elles en ont cependant.

Le peintre, pour cette fois, se lève et annonce qu’il reviendra le lendemain. Le lendemain, on le fait attendre une heure; plus, on ne veut plus mettre de diamants, et la coiffure a été changée.

Toujours préoccupée des ombres de son cou, la dame a clandestinement enlevé et jeté ce que le peintre avait mis de bleu sur la palette.