On vous trouve assez peu disciplinées,—chères filles de l’air;—on croit que, tout en combattant les saugrenuités de ce temps,—vous avez cependant adopté sur l’indépendance certaines idées exagérées. Quand on a besoin de vous, on ne sait où vous êtes;—on vous attend à Paris,—et vous bourdonnez dans les fleurs jaunes des ajoncs de la Normandie,—ou dans les fleurs roses des bruyères de la Bretagne;—vous vous jouez dans l’écume de la mer,—ou vous vous endormez dans le fond du nénufar, ce beau lis des étangs.
Il n’en peut plus être ainsi;—il faut que je ramène la discipline parmi vous;—il faut qu’à l’heure où je sonne la retraite chacune de vous, sans tarder, arrive à tire-d’aile avec son butin.
Vous ne devez pas fâcher vos amis;—vos amis sont les gens qui aiment la vérité, le bon sens, la loyauté;—vos amis sont des gens qu’on doit respecter.—Vous devez arriver quand ils vous attendent—et ne pas leur manquer de parole,—comme vous le faites si souvent.
Vous arrivez encore ce mois-ci,—je ne sais comment,—je ne sais quand,—je ne sais d’où.—C’est pour la dernière fois, mes petits archers,—que je tolère de semblables incartades.
Le roi Louis-Philippe, qui, lorsqu’il invite M. de Lamartine à dîner comme député,—feint d’ignorer que M. de Lamartine fait des vers,—ignore également l’existence de M. Scribe.
Il est difficile de s’expliquer de semblables faiblesses de la part d’un homme aussi habile que le roi.—Un gouvernement fort,—je dirai plus, un gouvernement réel,—se compose ou doit se composer—de toutes les supériorités, de toutes les puissances, de toutes les influences du pays.—De semblables maladresses mettent sinon dans l’opposition, du moins dans l’indifférence, beaucoup de gens qui par leur talent exercent une influence extrêmement grande sur les esprits.
Charles IX, qui n’était pas un roi constitutionnel, me semble avoir mieux compris les choses de ce genre.—On connaît les vers qu’il adresse à Ronsard:
Ta muse, qui ravit par de si doux accords,
Te donne les esprits dont je n’ai que les corps.
Autrefois,—quand le roi de France faisait la guerre,—il appelait à lui ses barons.