(Ainsi nous voilà nous, le pauvre monde, partagés entre M. Pasquier et M. Gannal:—les vivants à M. Pasquier, les morts à M. Gannal.—M. Gannal abandonne généreusement les vivants à M. Pasquier; il s’en rapporte à lui du soin de lui faire des morts.

M. Gannal est le roi des morts!)

M. Gannal passe ensuite à l’examen de l’embaumement, dont la consolation (maximum deux mille francs) lui a été refusée. Il fait quelques questions à M. Pasquier.

«Où avez-vous pris le natrum pour saponifier la graisse?»

(Ah! oui, où M. Pasquier a-t-il pris le natrum? Voilà ce que nous voudrions savoir,—l’a-t-il acheté, l’a-t-il volé?—où l’a-t-il pris?—qu’il nous dise un peu où il a pris le natrum.)

«—Où avez-vous été chercher l’huile de cèdre, qui devenait un objet aussi indispensable que le soleil d’Égypte?—Le natrum, vous l’avez remplacé par TRENTE-HUIT KILOGRAMMES de sublimé corrosif; l’huile de cèdre a été remplacée par de la teinture de benjoin, et le soleil a été éclipsé par quatre vingts kilogrammes de poudres aromatiques. Enfin les bandelettes elles-mêmes ont dû céder la place au sparadrap. Qu’y a-t-il donc d’égyptien dans votre travail? Vous avez mutilé, écorché le cadavre, et il vous a fallu trente-six aiguilles à suture pour recoudre vos nombreuses lacérations. Trente-six aiguilles pour un embaumement! Mais j’en fais cent avec la même et qui reste en bon état.»

(Niez donc, monsieur Pasquier,—qu’il y ait dans le procédé de M. Gannal une grande économie d’aiguilles!)

Ici M. Gannal ne menace plus M. Pasquier seulement de l’embaumer, il lui annonce en même temps la réprobation générale.