ADMIRATION.—Vieux mot.—On n’admire plus;—il n’y a pas d’homme, quels que soient son talent, son désintéressement, sa noblesse,—qui ne soit de temps en temps fort maltraité dans quelque carré de papier.—Quelques personnes affectent encore d’admirer les morts, mais c’est pour déprécier les vivants plus à leur aise.
AMYGDALES.—Ne servaient autrefois qu’à sécréter la salive;—aujourd’hui elles sécrètent force pièces d’or et d’argent pour certains individus:—il y a tel chanteur auquel chaque son échappé de son gosier rapporte une pièce de cinq francs,—c’est-à-dire la journée de deux ouvriers.
ARBRE.—On peut lire dans les poëtes ce qu’étaient autrefois les arbres avec leurs panaches verts pleins d’oiseaux et d’amours;—aujourd’hui, depuis le gaz et l’asphalte, les arbres sont à Paris de grands poteaux noirs,—sur lesquels on colle des affiches.
ARSENIC.—On a de tout temps un peu empoisonné ses parents, amis et connaissances;—mais il est singulier que cette industrie, loin d’avoir fait des progrès, soit au contraire retombée dans la grossièreté.—Autrefois, on empoisonnait en faisant respirer une fleur, en offrant des gants.—Aujourd’hui, vous voyez à chaque instant une femme se défaire d’un mari incommode—au moyen de ce poison rustique, appelé arsenic, dont les symptômes sont connus,—et que l’on retrouve à l’instant même dans l’estomac;—quelqu’un, auquel j’ai soumis cette observation, m’a répondu d’une manière peu consolante—qu’il semblait qu’on empoisonne maladroitement, parce que les empoisonnements maladroits sont les seuls découverts et punis.
ANNIVERSAIRE.—Vieux mot représentant un vieil usage dont la suppression est inévitablement prochaine.—En effet, en ces temps de revirement politique, les anniversaires présentent perpétuellement des circonstances odieuses et ridicules à la fois.