—Eh bien! lui dit un général prussien,—que pensez-vous de cela?
—Je pense, reprit le Français, que je suis de l’avis de beaucoup de mes camarades;—nous voulons proposer au ministre de la guerre de supprimer la poudre dans l’armée française,—et de ne plus admettre que l’usage de la baïonnette.
Nous avons parlé déjà, à plusieurs reprises, de l’admirable invention des politiques de ce temps-ci,—qui ont imaginé les baïonnettes intelligentes,—c’est-à-dire une armée composée de quatre cent mille hommes,—chacun agissant à sa guise et d’après ses idées particulières.
Un digne pendant a été presque en même temps trouvé à cette remarquable découverte,—c’est-à-dire une administration dans laquelle personne n’obéit à personne.
On jouit en ce moment d’un spécimen agréable de fonctionnaires indépendants.—MM. Hourdequin, Morin et autres employés de la préfecture de la Seine sont occupés à répondre en cour d’assises au sujet d’actes d’INDÉPENDANCE poussée jusqu’à la prévarication et la concussion.
BADE.—Autrefois était une ville d’Allemagne. Aujourd’hui ce nom s’applique à deux ou trois villages des environs de Paris,—où certains élégants peu riches vont se cacher pendant trois mois,—pour dire à leur rentrée à Paris—qu’ils viennent de Baden-Baden—ou de quelque autre lieu de plaisir et de faste.
BAILLONNER.—Ce mot, autrefois, signifiait l’action de mettre à un homme un bâillon qui l’empêchait de parler.—Aujourd’hui un journal injurie le roi, les ministres, provoque un peu le peuple à la révolte et se plaint à sa troisième page de ce que l’on bâillonne la presse.—Un avocat ayant à défendre un voleur, défend en même temps le vol, et propose une loi agraire à main armée;—il termine en disant: «Je m’arrête, bâillonné que je suis par la partialité du ministère public.»
Bâillonné n’a donc plus le sens qu’il avait autrefois; un homme bâillonné est un homme qui n’a plus rien à dire et qui veut faire croire qu’il s’arrête volontairement.