BAVARDER.—Le pays a été saisi depuis un certain nombre d’années d’une fièvre de bavardage inouïe dans les fastes de la sottise humaine.—Tout le monde veut parler,—on a recours pour cela à des subterfuges incroyables.—On veut être député,—ou membre du conseil municipal,—ou membre d’une société savante,—ou d’une société philanthropique,—ou littéraire, ou de sauvetage,—ou d’horticulture,—non pour sauver des naufragés, non pour faire des recherches, mais pour parler; on ne cause plus, on ne rit plus, on ne chante plus;—on parle,—tout le monde parle et tout le monde parle à la fois;—les gens de la tour de Babel,—gens peu avancés, se séparèrent quand ils virent qu’ils ne s’entendaient plus,—aujourd’hui, grâce aux progrès, on ne s’arrête pas pour si peu.—Qu’est-ce que fait de ne pas comprendre à des gens qui n’écoutent pas, et qui ne veulent que parler? (Voir AVOCAT.)

BARON.—Tout le monde prenant à son gré aujourd’hui des titres de comte et de marquis,—celui de baron ne vaut pas la peine d’être usurpé,—et c’est le seul qui m’inspire quelque confiance; il n’y a que ceux qui l’ont réellement qui s’avisent de le porter:—les autres ont aussitôt fait de prendre un titre plus élevé.

BALAYER.—Les portiers de Paris ont l’ordre de balayer le devant de leur porte.

En conséquence, tout portier du côté des numéros pairs—pousse ses ordures de l’autre côté du ruisseau contre les numéros impairs;—les portiers des numéros impairs poussent leurs ordures contre les bornes des numéros pairs.

BANAL.—Banalités.—On n’applaudit pas la plus belle chose du monde la première fois qu’elle est dite;—pour cela il faut juger soi-même et risquer d’applaudir seul:—c’est un courage qui est peut-être le moins vulgaire de tous les courages.

Il y a des sottises banales,—que les gens d’esprit ne veulent pas dire et qui rapportent gros aux imbéciles.