Voici de cette inconvenance un des exemples les plus frappants qui me soient encore tombés sous la main.

«M. S*** Mais***, négociant à Lesay, ancien militaire, ancien notaire, ancien maire, ancien suppléant du juge de paix, ancien membre du conseil d’arrondissement, ancien membre du conseil général, et actuellement membre du conseil municipal de sa commune, du comice agricole de Melle et de la Société d’agriculture de Niort; M. L*** R***, notaire à Sauzé, membre du conseil d’arrondissement et du conseil municipal de sa commune, et mademoiselle Louise L*** R***, ont l’honneur de vous faire part de la perte douloureuse qu’ils viennent de faire, le 19 de ce mois, de madame S*** Mai***, L*** M*** Berl***, leur épouse, belle-mère et grand’mère.»

Ce nouveau mode a plusieurs inconvénients:

1º En lisant: «M. M***, ancien militaire, ancien notaire, ancien maire, ancien suppléant du juge de paix, ancien membre du conseil d’arrondissement, ancien membre du conseil général,» vous pouvez supposer que ce monsieur, qui n’est plus tant de choses, n’est peut-être plus vivant,—a quitté la vie avec tous ses honneurs et que c’est lui que vous êtes invité à pleurer;—vous vous le tenez pour dit—et vous n’en lisez pas davantage.—Quelque temps après vous le rencontrez dans la rue,—quand vous l’avez suffisamment regretté et quand vous êtes entièrement consolé de sa perte.

2º Ennuyé de tant de parents, de tant de dignités, de tant de gloire,—vous n’allez pas jusqu’au bout, vous jetez le papier au feu,—et, deux mois après, vous allez tranquillement faire une visite à madame Berl***—la vraie défunte,—vous la demandez au concierge, lequel vous répond qu’elle est toujours morte. Il est vrai que la lettre de faire part est à deux fins,—et qu’elle annonce à la fois la perte douloureuse de madame Berl*** et celle des titres de notaire, de suppléant de juge de paix,—de maire, etc., etc.

Rapprochez cette lettre d’une autre lettre publiée par le même M. Mais*** le 26 juillet 1842—et où l’on trouve—après deux ou trois pages consacrées à l’éloge de son administration comme maire de Lesay:—«Si j’ai parlé de ce que j’ai fait pour mon endroit, qu’on n’aille pas croire que j’y mets de la vanité;—non, je n’en ai jamais été affublé.»

Vers 1793,—je crois, un navire appelé Télémaque—sombra devant Quillebœuf,—près du Havre-de-Grâce. On fit plusieurs récits à ce sujet. D’immenses richesses, dit-on, avaient été cachées dans ce navire, dont le chargement de bois de construction n’était qu’un prétexte.—Plusieurs millions et une énorme quantité de vaisselle d’argent étaient enfouis dans les flancs du vaisseau submergé.—Deux Sociétés par actions se sont, depuis quelques années, fondées pour le sauvetage du Télémaque.—Le gouvernement a mis de son côté toute la bonne grâce possible:—il a fait l’abandon de la part que la loi lui accorde,—ne réservant qu’un cinquième pour les invalides de la marine,—et «le droit d’acheter, par préférence, les objets d’art qui pouvaient se trouver dans le vaisseau.»

La première tentative n’a pas réussi.—La seconde Société a été plus heureuse, et on a vu le navire sortir du sable—et paraître à fleur d’eau.