Ce qui a tout à fait l’air d’une approbation spéciale de Sa Majesté.—Le public achète, et se trouve volé ou empoisonné.

Il serait de la dignité du gouvernement de ne pas laisser ainsi le roi complice des marchands d’orviétan de son royaume,—et d’expliquer d’une manière formelle ce que c’est qu’un brevet;—mais il s’agit bien de dignité aujourd’hui!

Si le public savait ce que c’est qu’un brevet, il ne s’y laisserait plus prendre.—Si le public ne se laissait plus prendre à ce gluau, les charlatans ne le tendraient plus.—Conséquemment, cela ferait un certain nombre de pièces de sept cent cinquante francs et de quinze cents francs qui cesseraient de tomber dans les coffres de l’État[N].

BROUILLARD.—Interrompt toujours les dépêches télégraphiques dont le gouvernement ne veut faire connaître que la moitié.

BOUILLON.—Les savants sont des gens qui, sur la route des choses inconnues, s’embourbent un peu plus loin que les autres,—mais restent embourbés, parce qu’ils ne veulent pas avouer qu’ils le sont,—et se gardent bien de crier au secours.

Il y a vingt-cinq ans, M. Darcet imagina de faire du bouillon avec de la gélatine,—c’est-à-dire en soumettant les os dépouillés de viande à l’action de la vapeur.

Le bouillon ainsi produit était fade,—donnait des nausées, etc.; mais l’Académie—représentée par une commission—le trouva et le déclara excellent. En conséquence,—on en donna, sans réclamation, pendant quinze ans aux malades des hôpitaux.

Au bout de quinze ans,—on crut s’apercevoir de quelque chose.—On fit de nouvelles expériences sur la gélatine,—et on découvrit cette fois que la gélatine et le bouillon qui en est fait sont d’une mauvaise odeur et d’un mauvais goût, ne contiennent aucun principe alimentaire, mais chargent et fatiguent l’estomac, qui ne peut les digérer.—Un élève des hôpitaux se soumit à la gélatine pour toute nourriture, il ne put continuer ce régime que quatre jours et resta avec une gastralgie intense.