Arzac est condamné aux travaux forcés—pour avoir porté un faux témoignage en faveur de Besson.
Ce qui est prouvé aux débats,—prouvé pour vous jusqu’à l’évidence,—puisque vous avez condamné Besson à la peine de mort,—puisque pour vous Besson a assassiné M. de Marcellange,—c’est que les dames de Chamblas ont,—comme Arzac,—rendu un faux témoignage en faveur de Besson—et qu’elles ont rendu ce témoignage pour sauver l’assassin de leur gendre et de leur mari.
Je ne vous donne pas ici mon opinion,—je vous donne la vôtre,—la vôtre approuvée par un jugement terrible,—par une condamnation à mort.
Et si vous rapprochez de ce fait les autres circonstances des débats,—ne vous naît-il pas d’autres pensées dans l’esprit?—D’où vient donc que ces pensées que tout le monde a, personne,—ni au tribunal ni dans la presse, n’a osé les formuler tout haut?—Quelle puissance invisible protége donc ces deux femmes?—quel danger mystérieux court donc l’imprudent qui parlerait hautement? quel prestige vous frappe donc tous de terreur?—Ce danger, je veux le connaître,—et je vais m’y exposer pour le connaître.
Dans ma conviction, sur mon âme et sur ma conscience,—ou Besson est innocent,—ou madame de Chamblas et madame de Marcellange sont ses complices.
Par votre jugement vous avez déclaré qu’elles avaient rendu, comme Arzac, le pauvre berger qui est aux galères pour ce fait, un faux témoignage en faveur de Besson. Et quand ce faux témoignage a pour but de sauver l’assassin du gendre de l’une, du mari de l’autre,—comment l’appelez-vous?
«Ou Besson est innocent, ou les dames de Chamblas sont ses complices.»
Un homme fort petit—parlait de sa force prodigieuse devant M. Dorsay,—qui est d’une taille élevée: «Monsieur, disait-il avec ce ton haineux qu’ont les hommes de petite taille quand ils parlent des grands,—il n’y a pas un exercice de force ou d’adresse,—il n’y a rien, en un mot, que fasse un homme aussi grand que vous—que je ne m’engage à faire aussi bien que lui.»
M. Dorsay,—levant le bras,—toucha du bout du doigt le plafond du salon et lui dit: «Faites cela.»