Le dieu Cheneau vient de fulminer contre moi une seconde lettre.—La foudre du dieu, cette fois, n’est pas tirée à un seul exemplaire, comme le dernier tonnerre.—Ce céleste carreau—a pris la forme d’une brochure de trente-deux pages,—format in-8º,—imprimée chez Paul Dupont, rue de Grenelle-Saint-Honoré, 53.
Jamais mortel n’a été aussi complétement réduit en poudre—que celui qui fut l’auteur des Guêpes;—laissons fulminer le dieu:
«Je ne donnerai pas de nouveaux développements—pour me faire comprendre de M. A. Karr; je vois bien que la faculté de comprendre manque aux Guêpes.—Les Guêpes sont légères,—tellement légères, qu’elles ne peuvent, à ce qu’il paraît, changer leur nature;—pourquoi se cassent-elles le nez elles-mêmes! Ces insectes ne font que produire la douleur et le désordre.—Pauvres Guêpes, vous vous servez encore de plumes d’oie pour écrire.—Les Guêpes n’ont vraiment reçu que le baptême d’eau,—je ne saurais trop le répéter.
»Oui, monsieur A. Karr,—je suis mercier;—si j’étais Dieu, comme vous le dites, je ne serais pas le Dieu des Guêpes;—j’emploierais mieux mon loisir!
»Je me sens la force de soutenir les hostilités des Guêpes, car je défie même les corbeaux.
»Votre réponse du mois dernier ne se conservera pas, je vous en préviens!...
»J’espère que vous serez pardonné, vu votre manque de conception.
»Je vous plains de ne pas comprendre.—M. Jouin, sur lequel vous demandez des renseignements, n’est pas à Paris;—laissez les absents tranquilles.
»Depuis longtemps le monde est la dupe de prétendus savants qui, comme vous, se posent sur le premier piédestal venu pour juger la faculté de chacun,—comme s’ils en avaient les capacités;—ils déblatèrent,—ils battent la campagne;—ils sifflent comme des serpents.