Certes, jamais à aucune époque les hommes n’ont eu autant de chefs pour les conduire, autant de philosophes pour les réformer,—autant de rois disponibles pour les gouverner, autant de dieux et de prophètes—pour recevoir leur encens ou leur moquerie.

Ce qui manque aujourd’hui,—ce sont des hommes qui veuillent bien être gouvernés,—c’est une place à prendre, une spécialité à occuper.

On voit de temps à autre dans les journaux que différents citoyens ont reçu d’un ministre des médailles—pour avoir, au péril de leur vie, sauvé celle d’autres citoyens.—Ces citoyens sont toujours des hommes du peuple—et des ouvriers.

Le cœur et le bon sens disent que, de toutes les décorations, ces médailles sont sans contredit les plus honorables.

En effet,—les mieux méritées d’entre les autres croix ont été données pour des traits de courage et de dévouement,—qu’il est juste de récompenser par des honneurs;—mais ce n’est pas trop que de demander qu’on traite aussi bien l’homme qui a exposé sa vie pour en sauver un autre—que celui qui a mis la sienne au hasard—pour en tuer trois ou quatre.

J’ai parlé plus d’une fois de la sottise et de l’infamie qui ont récompensé tant de fois des services honteux—du même signe que d’autres ont payé de vingt blessures et de mille dangers.

Je ne parle aujourd’hui que des médailles d’honneur;—comme il faut nécessairement les mériter pour les obtenir, comme on ne peut les obtenir que d’une seule manière,—comme il est écrit dessus la cause pour laquelle on les donne,—comme elles ne sont guère gagnées, ainsi que je le disais tout à l’heure, que par des gens du peuple et des ouvriers,—comme on n’en peut récompenser aucune infamie, le pouvoir les donne avec une négligence et un dédain honteux.

Le ruban qui les attache n’est pas même un ruban qui leur soit spécialement affecté,—c’est un ruban tricolore—que tout le monde a le droit de porter,—aussi bien que les femmes portent des rubans roses et lilas.

Chez les Romains, qui donnaient des couronnes pour récompenses honorifiques,—la couronne civique, qui était une couronne de chêne,—était particulièrement estimée.—Cicéron eut soin de la demander après avoir découvert la conspiration de Catilina,—et Auguste fut si fier de l’obtenir, qu’il fit graver une médaille sur laquelle il était représenté couronné de chêne avec ces mots: