CADRAN.—Il n’y a rien de si faux que les heures du cadran et ses divisions; le temps ne peut avoir jamais qu’une durée relative.—Un jour peut se traîner plus lentement qu’un mois,—un mois échapper plus rapide qu’un jour.—Le temps doit se jauger et non se mesurer, c’est-à-dire non s’apprécier par ses dimensions extérieures, mais par ce qu’il contient.—Il y a telle année qui, si on l’épluchait comme une noix,—si l’on en retranchait les cartilages et les pellicules amères, tiendrait à l’aise dans certains jours.—Il y a une heure dans notre vie pendant laquelle nous avons plus vécu que dans le reste de nos jours.
Le cadran encore met de la préméditation dans toute la vie.—C’est un tyran qui vous prescrit la faim, la soif, le sommeil.—C’est aussi un reproche perpétuel.—Jamais je n’ai regardé un cadran sans m’apercevoir que j’étais en retard pour quelque chose.
CALOMNIE.—Quand vous avez passé toute votre vie dans une perpétuelle surveillance sur vous-même, pour ne pas donner prise à la médisance, vous n’avez atteint qu’un seul but, c’est de forcer les gens à vous calomnier.
CONDAMNATION.—Pour avoir donné un soufflet à Paul, Pierre est condamné à payer une amende.
—Qui reçoit cette amende? Paul, sans doute?
—Non, c’est S. M. Louis-Philippe Ier, roi des Français.
—Comment! est-ce toujours ainsi?