«Monsieur Alphonce Karr, je me vois forcé de faire ressortir la différance de vos habitudes. Je remarque à l’instant que votre critique de jenvier dernier contre moi dégénère en compliments, je vous avoue que j’attache peu de prix aux éloges que vous faites de mes boutons; j’aime mieux votre critique: jusqu’à ce que vous fassiez usage de votre conception (1)!

»Puis-je être estimé des écrivains de notre époque? moi je ne les flattes pas: mais je leur dit de cruelles vérités! je ne leur ressemble ni en style (2) ni en principe; ils sarrêtent à la forme, et moi au fond (3). Je n’écrit pas pour flatter, pour plaire, ni pour faire un trafic (4): ma plume ne s’exerce pas à tracés (5) des choses légères ou futiles: excepté quand je m’y trouve forcé, par exemple, pour me faire comprendre des Guêpes, je ne pui (6) m’en dispenser.

»Monsieur Alphonce Karr, vous êtes venu chez moi, vous m’avez parlé sans vous faire connaître: rougissez-vous de prononcer votre nom? Pourquoi gardez-vous l’incognito? C’est s’introduire dans les maisons comme le font les Guêpes, etc. Quel mérite, monsieur A. Karr, vous êtes-vous reconnus en avouant vos démarches honteuses (7)?

»Vos émules je le sai ne se promènent pas toujour couvertes de chapeaux à trois cornes (8); d’après vous, si le dieu Cheneau ou Chaînon avait des cheveux, il serait blond (9).

»Les Guêpes avaient sans doute formé le projet, de me saisir ou de mattaquer par ma partie supérieur, car vous annoncez monsieur A. Karr que je nai pas de cheveux. C’est encore une nouvelle métode pour adesser des compliments. On voit par les paroles ci-dessus que M. A. Karr se résigne à son sort, et son introduction incognito chez moi la conduit à prévoir et à déclarer qu’il n’avait pas prise sur ma partie supérieur, en disant que je n’ai pas de cheveux.

»Je ne désespère pas de vous monsieur Car dans cette pensée il y a du sel.

»Mais puisque vous vous introduisez en secret, je suis étonné que vous nayez pas parlé au public (10) de...

»Si je parle ainsi c’est que je crois utile de me mettre à la porté des Guêpes.

»Au revoir monsieur Alphonse Karr.

»CHENEAU, 15, rue Croix-des-Petits-Champs