Sans doute, c’est un énorme tubercule renfermant plus de farine et de sucs nourriciers que tous ceux de la même espèce connus jusqu’ici?
Vous n’y êtes pas tout à fait;—reprenons le rapport fait par la Société d’agriculture de Lyon sur la pomme de terre de M. Montain:
«Cette nouvelle variété de pommes de terre, à cause de sa petitesse, est désignée sous le nom de pomme de terre haricot;—les plus grosses dépassent à peine le volume d’une noisette.»
M. Montain, sans aucun doute, encouragé par le favorable accueil de la Société d’agriculture de Lyon,—va s’efforcer de se rendre de plus en plus digne de la reconnaissance de ses contemporains et de la postérité.—Je suis d’avance persuadé que ses efforts seront couronnés de succès, et que l’année prochaine nous lirons dans les annales scientifiques:
«1842.—M. Montain a envoyé à la Société d’agriculture—une nouvelle variété de la pomme de terre haricot.—Les tubercules de celle-ci sont durs comme des cailloux et ne cuisent pas au feu; on l’appelle pomme de terre silex.—L’échantillon se partage entre les membres de la Société d’agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées.»
Puis, d’année en année, de progrès en progrès:
«1843.—M. Montain a envoyé à la Société d’agriculture—une nouvelle variété de sa pomme de terre silex.—Celle-ci n’est pas moins dure que celle de l’année dernière, elle ne cuit pas davantage,—mais elle est beaucoup plus petite;—son principal mérite est d’être rentrée dans la famille des solanées, qui se compose entièrement de plantes vénéneuses, au milieu desquelles la pomme de terre faisait une anomalie désagréable et embarrassante pour la science.—La nouvelle solanée régénérée—est un poison violent.—L’échantillon se partage entre les membres de la Société d’agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées.»
«1844.—Enfin, M. Montain est arrivé au plus haut point de perfection.—Il a envoyé à la Société d’agriculture une nouvelle variété de pommes de terre,—qui ne produit aucun tubercule.—On peut en planter autant qu’on veut,—on ne retrouve jamais rien à la place.—L’échantillon se partage entre les membres de la Société d’agriculture, qui se proposent de propager cette nouvelle variété de solanées.»
C’est du reste une manie d’agriculteur et d’horticulteur dont je me rappelle un autre exemple.—Les horticulteurs qui se respectent ont proscrit la rose aux cent feuilles, qui reste malgré eux la plus belle rose connue.—Il y a quelques années, j’allai voir les roses de Hardy,—le jardinier du Luxembourg, à Paris;—c’est la plus riche et la plus belle collection qu’il y ait en Europe.—Je vis pour la première fois une admirable rose blanche,—aujourd’hui bien connue des amateurs, à laquelle il a donné le nom de madame Hardy.