—Volontiers.

Et les deux époux avaient sur le visage un air de triomphe indescriptible: ils se trompaient tous les deux.

Roger s’habilla lentement. Marthe ourla la cravate, puis défit l’ourlet et le refit.

On entendit le tintement de la cloche du bateau; c’était le dernier signal, celui qui ne précède le départ que de quelques minutes.

Roger sentit la vie s’arrêter dans sa poitrine. Marthe le regardait; il affecta la plus entière indifférence.

Il fallait aller au Havre, dût-il traverser à la nage. Il y a chez les gens fortement organisés une sorte d’assurance pour les choses qui doivent se faire; les obstacles les leur font croire plus difficiles, mais jamais impossibles.

La cloche avait fini de tinter. Le bateau était parti. Roger demanda Bérénice. Bérénice était sortie pour exécuter un ordre de sa maîtresse.

Roger baisa sur le front sa femme, qu’il eût voulu étouffer, et il sortit d’un pas calme et lent, sachant qu’il allait au Havre, mais ignorant entièrement comment il s’y transporterait. Il se dirigea sans trop savoir pourquoi à la place où n’était plus le bateau. Mais qui sait? le capitaine était peut-être frappé d’apoplexie! une voie d’eau s’était faite et avait retardé le départ!

Tous ces espoirs ne tardèrent pas à s’évanouir: la place du bateau était vide.

Roger resta anéanti; il ne put sortir de sa torpeur qu’en se répétant: