—Mais où vous voudrez, je n’ai plus de but maintenant. Chez ma sœur, si cela vous convient.
—Très volontiers.
On se mit en route; Bérénice suivait à quelques pas derrière, et personne ne parlait.
Marthe n’était pas bien sûre que son mari se fût embarqué pour la suivre; elle imaginait bien plutôt quelque infidélité dont l’idée lui était déjà venue plusieurs fois, mais sans la troubler beaucoup.
Pour Roger, il était assez contrarié de la gêne que la rencontre inopinée de sa femme venait apporter à ses projets; mais ce qui le préoccupait le plus puissamment, c’était ce germe de jalousie mal étouffé qui venait de renaître, fécondé par les soupçons bien naturels que lui inspirait la bizarre conduite de sa femme. En vain il se disait que son affaire principale était, pour ce jour-là, d’aller au théâtre et d’y rencontrer son inconnue; que les torts de sa femme devaient le livrer tout entier à cette MMM., si douce, si aimante, si dévouée: il ne pouvait secouer cette impression de colère et de joie amère, d’avoir à peu près découvert le crime.
On arriva chez la sœur de Marthe. Roger répondit de mauvaise grâce à l’excellente réception qu’on lui fit comme de coutume; tout ce qui entourait Marthe, tout ce qui lui montrait de l’affection, lui semblait son complice; il crut voir entre les deux sœurs des regards d’intelligence, regards qui ne voulaient, de la part de sa sœur, que demander la cause ou le prétexte de la mauvaise humeur de Roger.
Marthe fit signe qu’elle l’ignorait.
On s’assit; la sœur avait peine à soutenir la conversation; Roger ne répondait qu’à moitié. La préoccupation des deux époux avait trouvé un nouveau motif lorsqu’ils s’étaient vus à la lumière: tous deux étaient parés; leur costume démentait la fable qu’ils avaient imaginée.
Roger avait gardé son chapeau à la main, et cherchait une occasion de sortir; mais la sœur de Marthe, qui s’était résignée à parler seule, avait commencé une histoire, et il n’y avait pas moyen de sortir avant la fin sans se rendre coupable d’une impardonnable grossièreté. Il y a des gens qui ne mettent que des virgules dans leurs discours.
Marthe tira son mari d’embarras.