Un ami de la famille parla de magnétisme avec beaucoup d’enthousiasme; il raconta des cures merveilleuses, des phénomènes, des miracles. Malgré certaines répugnances, on se laissa convaincre, et l’on fit venir un magnétiseur.

C’était à la fin du jour, dans un jardin, sous une épaisse allée de sycomores; au bout d’un quart d’heure, la jeune personne était endormie; au bout de vingt minutes, elle commençait à répondre aux questions du magnétiseur, lorsqu’un domestique, accouru en toute hâte, demanda celui-ci et lui dit quelques mots à l’oreille.

—Pardon, dit-il à la famille, un événement inattendu me force à courir chez moi; je reviens dans dix minutes. Attendez-moi, j’ai mon cabriolet à votre porte.

Il part.

Les dix minutes sont bientôt passées; il s’écoule un quart d’heure, une demi-heure, une heure.

L’ami, très-expert dans les pratiques du magnétisme, dit:

—C’est fâcheux qu’il ne l’ait pas réveillée avant de partir.

Au bout d’une heure et demie, on envoie chez le magnétiseur. On répond qu’il n’est resté que dix minutes chez lui, qu’il était fort ému, qu’il a fait un paquet d’un peu de linge et de quelques hardes, qu’il s’est fait conduire au chemin de fer de Rouen.

On couche la jeune fille, on convient de ne rien dire ni à personne ni à elle-même. Le lendemain matin, on n’avait pas de nouvelles. Le surlendemain, on reçoit une lettre du Havre.

Le médecin annonçait que sa femme lui avait été enlevée par un perfide ami; qu’ils avaient pris, en partant, sa caisse tout entière; qu’il était à leur poursuite. Il regrettait vivement l’embarras dans lequel il les avait laissés.