LETTRE XXIV.

Je ne suis pas, mon ami, sans avoir fait aussi quelques voyages; il y a un temps où j'écrivais en quelques mots, chaque soir, le résumé de mes impressions de la journée.

Voici quelques-unes de ces lignes.

LILLE:

«Je suis allé à la messe de minuit; de vieilles femmes priaient et se préparaient à faire un souper appelé réveillon; de temps en temps elles tiraient de dessous leurs jupes une chaufferette, sur laquelle cuisaient deux ou trois harengs; elles retournaient les harengs, remettaient la chaufferette à sa place, et recommençaient à prier.»

«En Picardie, on m'a servi des tartes aux poireaux; ce serait très-mauvais si on en pouvait manger.»

SUISSE:

«Lausanne. Ici j'ai pêché à la ligne dans le lac de Genève; je n'y ai pas pris de poisson, c'est absolument comme dans les divers fleuves, lacs et rivières, où j'ai essayé la même pêche. Me voilà donc en Suisse.»

Quand je disais: Voilà un bel arbre, ou une eau limpide, ou un beau linceul de neige, ou une verte pelouse, on me disait: «Bah! vous n'avez pas vu la Suisse?—Non.—Alors ne parlez ni de gazon, ni de neige, ni d'eaux limpides, ni d'arbres, ni de rien que ce soit au monde.»

Un jour je suis parti pour la Suisse, non pas tant pour voir la Suisse que pour y être allé. Et pour pouvoir parler à mon gré d'arbres, d'herbes, d'eau et de neige.