Alors la gallinsecte change de forme; son ventre s'aplatit et vient en s'amaigrissant rejoindre son dos; ce qui établit sous elle un espace creux où sont ses œufs. Son dos durcit, le ventre et le dos sont tout-à-fait confondus, la gallinsecte se dessèche et meurt, et devient une maison pour ses petits.

Ceci est mieux que le domum servavit, elle ne reste pas à la maison, elle devient la maison!

Au bout de douze jours les jeunes gallinsectes, tant celles qui doivent devenir des taches rondes que celles qui seront des petites mouches brunes, sentent le besoin de quitter la maison et la mère, qui sont pour elle une seule et même chose. Les petites gallinsectes que les yeux ne pourraient alors distinguer sans le secours de la loupe, veulent donc sortir de cette chambre qui a été leur mère; la nature a prévu ce besoin et elle a en conséquence laissé une fenêtre à cette mère, fenêtre par laquelle les jeunes gallinsectes s'échappent et vont chercher les feuilles où nous les avons prises en commençant ce récit.

Beaucoup de savants ont longtemps pris les gallinsectes pour des galles, c'est-à-dire pour des excroissances formées par la piqûre dans laquelle certains insectes déposent leurs œufs dans l'épaisseur de certaines feuilles et de certaines branches.

Quelques insectes semblent partager l'erreur des savants. Les ichneumons pondent leurs œufs dans le corps de la gallinsecte, et les jeunes ichneumons en sortent plus tard, mais non pas comme les propres enfants qui s'échappent par l'issue légale; ils pratiquent des trous dans cette mère devenue immeuble, et naissent avec effraction.

La graine d'écarlate de Pologne, le kermès et la cochenille qui servent à teindre en rouge, sont des gallinsectes.

Je brûle, mon ami, de savoir quel récit vous opposerez à celui-ci, vous qui êtes allé si loin; je vous défie même d'oser un mensonge aussi extraordinaire que cette vérité que je vous fais voir. J'ai beau me rappeler tous les voyages que j'ai lus, j'y vois toujours les grandes nouveautés que voici: Les femmes se mettent des anneaux dans le nez, au lieu de se les mettre aux oreilles comme les nôtres; elles mettent sur leurs têtes des plumes de perroquet au lieu de plumes d'autruche. Elles sont un peu nues par en bas, ce qui paraît indécent aux Européennes, qui ne montrent à nu que la moitié supérieure du corps.

Les hommes sont fiers d'un grain ou de deux grains de girofle qu'on leur permet de porter pour leurs belles actions. Nous en rions comme des fous, nous autres Européens. Des clous de girofle! bon Dieu! se faire casser les bras et les jambes pour des clous de girofles. Réellement les sauvages sont bien drôles. A la bonne heure, nous, quand nous nous exposons au feu et au sabre, nous savons ce que nous faisons, nous qui sommes blancs, nous qui sommes éclairés et civilisés. Ah bien! que l'on vienne nous offrir des clous de girofle, on serait bien reçu. Non, non, on nous permet de porter à une boutonnière de notre habit un petit morceau de ruban rouge; plus tard nous le nouons en rosette, mais tout le monde n'arrive pas là.

Il y a encore, mon ami, une grande différence que j'ai vue dans les voyages entre les hommes des différents pays sur lesquels j'ai lu des relations. En France, par exemple, la plupart des hommes sont tout prêts à tout faire pour de l'or, pour des louis. Avec ces pièces rondes, vous achetez tout, et même ce qui ne devrait ni se vendre ni s'acheter. En Angleterre, ce n'est plus cela; voyez ce que c'est que de voyager! on achète tout pour des guinées et des souverains. En Espagne, au contraire, c'est avec des réales; en Italie avec des ducats; dans certaines îles de l'Amérique, on vous vend les mêmes choses, mais pour certains coquillages, tandis que sur la côte d'Afrique c'est pour de la poudre d'or. Il est vrai que c'est toujours pour de la monnaie, et que les denrées que l'on vend sont les mêmes, puisque c'est tout, sans aucune exception.

Vale.