A la cour, les princesses font inviter les hommes à danser, tandis que ceux-ci invitent les autres femmes. Les reines et les impératrices qui se sont permis d'avoir des amants, ont dû descendre les quelques marches de leur trône que l'amour n'osait franchir.

C'est ce que fait la nymphe de la nigelle.

Ses amants empressés s'élèvent en vain vers elle, ils n'arrivent qu'aux deux tiers des cinq pointes qui la terminent. D'abord elle paraît ne se point soucier de leurs efforts: c'est qu'elle sait que le moment des noces n'est point arrivé. Les anthères, ces petites masses qui portent le pollen, deviennent d'un jaune pâle de vertes qu'elles étaient. Il faut croire qu'elle les trouve ainsi plus beaux ou plus touchants, car, à ce moment, elle abaisse ses cinq bras vers ses amants.

Puis son riche vêtement bleu se flétrit et tombe, et en même temps disparaissent les amants. Seul au milieu de sa chevelure verte, l'ovaire grossit et se gonfle, et devient une sorte de capsule d'un vert brun dans laquelle sont renfermées les graines qui doivent reproduire la plante.

Au sommet d'une haute tige qui s'élance d'un feuillage également fort découpé, se balance un long épi de fleurs d'un bleu violet en forme de casque.

C'est l'aconit qui naquit, dit-on, de l'écume de Cerbère.

C'était un poison fort usité chez les anciens; on s'en servait pour empoisonner les flèches, et les femmes et les maris fatigués l'un de l'autre s'en offraient dans toutes sortes de mets.

Il paraît cependant que c'était un poison un peu vulgaire et dont ne se servaient pas les personnes d'un certain rang,—ainsi qu'est aujourd'hui l'arsenic, qui a remplacé le divorce depuis quelques années.—L'empereur Claude, quand il fut question de lui faire échanger la couronne contre une apothéose, fut empoisonné avec des champignons, ce qui les fit appeler à Rome un mets des dieux.

Nous parlions tout-à-l'heure de cette plante infecte qu'on appelle la rue; elle me revient à l'esprit en parlant de poison. En effet, la rue a passé longtemps pour un antidote très puissant, et on assurait que le fameux contre-poison de Mithridate, roi de Pont, ne se composait pas d'autre chose que de vingt feuilles de rue broyées avec deux noix sèches, deux figues et un peu de sel.

La rue entre dans la composition du fameux vinaigre des quatre voleurs.