Donne-moi un peu d'omelette; c'est de l'omelette aux herbes. Sais-tu comment j'aime l'omelette? Ce qui est bon là, vraiment bon là, c'est une omelette aux truffes: voilà ce que j'appelle une omelette! Ton argenterie n'est pas mal: je me suis donné par ces derniers temps un joli service en vermeil: on ne peut plus avoir que du vermeil aujourd'hui, les portiers mangent dans l'argent.»
Tout le souper se passe ainsi. Edmond finit par me dire qu'il est fatigué, et demande qu'on le conduise à sa chambre. Varaï ne tarde pas à revenir, parce que M. Edmond veut qu'on lui donne une seconde bougie, attendu qu'il a l'habitude d'en laisser brûler une la nuit; il ne peut pas souffrir l'obscurité. Puis M. Edmond veut qu'on lui bassine son lit; puis il lui faut de l'eau sucrée pour la nuit, et une couverture de plus, et un second oreiller; puis il faut boucher la cheminée, il viendrait de l'air. Enfin il se couche; moi je me couche aussi, car Varaï a voulu me faire des questions, peut-être même des observations sur ce Monsieur; cela aurait augmenté ma mauvaise humeur.
Il vient passer quelques jours, qu'entend-il par quelques jours? Comment n'ai-je pas eu l'idée de dire tout de suite que j'étais obligé de partir demain pour un voyage. Maintenant il n'est plus temps.
Le chien est rentré; on le met au chenil; il passe la nuit à hurler de cette façon horrible et lamentable qui fait frissonner l'homme le plus intrépide.
Le matin, on va annoncer le déjeuner à Edmond, mais il ne se lève pas si tôt que cela; on retarde le déjeuner d'une heure. Je lui demande s'il a entendu son chien.
«Ah oui, dit-il, ce pauvre Phanor; c'est qu'il ne connaît pas la maison. Dans deux ou trois jours il ne criera plus. Dis donc, moricaud, qu'est-ce que tu lui as donné à manger?
—De la pâtée comme à tous les chiens;
—Ta, ta, ta, moricaud, tu n'y es pas du tout; il faut lui faire de la soupe un peu grasse, entends-tu. Ce pauvre Phanor n'est pas accoutumé à la pâtée; c'est bon pour les chiens nègres, la pâtée.»
Nous allons au jardin; on nous donne des pipes; il daigne remarquer une grande pipe en cerisier, avec son bouquin d'ambre gros comme un œuf, et il dit: «J'en ai une dont le bouquin est deux fois gros comme celui-ci. Ton jardin est gentil, Stéphen; ça n'est pas grand, mais c'est gentil. Ah! ça, ça t'amuse donc, de cultiver comme ça des bouquets? Pauvre garçon! Du reste, j'ai un oncle qui est précisément comme cela. Ah! par exemple, il a un beau jardin, un étang, des bois; il faudra que je redresse un peu Phanor. Mon oncle ne rirait pas, s'il allait faire chez lui ce qu'il a fait hier soir ici en arrivant.»
En disant cela, il cueille une rose et la met à sa boutonnière.