Les colimaçons et les lombrics réunissent à la fois toutes les joies de l'amant qui obtient et de l'amante qui accorde, de l'enivrement de la victoire et de la douce confusion de la défaite.

Cette faveur de la nature semble être un parti pris à l'égard des animaux les plus hideux. Le crapaud en est un exemple bien frappant.

On a fait des millions de vers et des milliers de sermons, de comédies, d'élégies, que sais-je, sur la rapidité avec laquelle s'enfuient les délices de l'amour, on n'a rien trouvé d'assez fugitif dans la nature pour le comparer à ce bonheur. Eh bien, quand deux crapauds, mâle et femelle, s'aiment, et que, cédant à l'ardeur de leur passion, ils se font un mutuel aveu de leur flamme, ce doux instant, si cela peut garder ce nom, ne dure pas moins de trente à quarante jours.

A la bonne heure, cela vaut la peine de s'en mêler.

Entre les parfums qui se répandent après la pluie, il faut compter l'odeur qu'exhale la fève de ses fleurs blanches tachées de noir. On prétend dans les campagnes qu'il n'est pas prudent de passer auprès d'un champ de fèves en fleurs et que leur odeur trouble le cerveau.

Il y a un vieux vers latin qui le dit:

Cum faba florescit, stultorum copia crescit.

Il me semble curieux de chercher à me rappeler quels accès de folie j'ai pu avoir dans ma vie à l'époque de la floraison des fèves. Cela me sera d'autant plus facile que, pendant bien longtemps, j'ai écrit tous les soirs les impressions de la journée, c'est le seul moyen de m'expliquer bien des actions et bien des pensées.

Juin.

«Quel bonheur! j'ai réussi. Ce bon M. Desloges a consenti à prendre mon billet de 300 francs, en échange duquel il m'a donné une montre et 25 francs en argent. J'ai revendu la montre 40 francs. Me voici sauvé, je pourrai envoyer le bouquet et me trouver au théâtre.