—J'en pourrais avoir un facilement parce que je suis très-lié avec le jardinier en chef; mais je ne tiens pas du tout à le convaincre; je hais ces grands esprits dédaigneux des croyances du vulgaire, qui croient produire beaucoup d'effet en n'ajoutant foi à rien, qui semblent prendre les hommes pour des niais, au milieu desquels ils font une brillante et unique exception.

—Mais, dit notre homme, je ne demande pas mieux que de croire, quand on m'aura donné des preuves.

—Des preuves! Ne vous ai-je pas déjà prouvé qu'on semait des chemises et qu'on les récoltait. Ne savez-vous pas que le coton vient sur le cotonnier, que le sucre est le produit d'un roseau. Mais vous ne croyez peut-être pas tout cela.

—Mille pardons, je le crois.

—Vous révoquez en doute, j'en suis sûr, que le chenevis est de la graine de corde, comme le tabac est de la graine d'idées qu'on se sème dans le cerveau par le nez. Comme vous ne croyez peut-être pas que les pêches viennent sur des pêchers, vous aimez mieux, sans doute, croire que ce sont aussi les charcutiers qui font les pèches?

—Je ne dis pas cela.

—Vous ne croyez pas non plus que les rosiers produisent des roses, vous pensez que toutes les roses sont faites par mademoiselle Eulalie, n'est-ce pas?

—Non pas, je sais très bien...

—Vous ne savez rien du tout. Savez-vous que la poudre à canon est de la graine de mort? Savez-vous que les pommes viennent des arbres? Mais vous n'en croirez rien sans preuve, de même que pour les bretelles qui viennent sur le bretellier des Indes.

—Oh! ça, je ne savais pas. Comment les bretelles viennent sur un arbre comme les pommes sur les pommiers?