La nuit, des hommes déguenillés, hâves, une lanterne à la main, viennent chercher ces lambeaux, qu'ils entassent dans des cuves, ou bientôt le lin et le chanvre deviennent une sorte de boue infecte.

De cette boue on fait du papier.

Devenus papier, ils ne sont pas encore des dieux, on les vend à la rame et au cahier; mais cela ne va pas tarder.

Pendant ce temps, d'un autre côté, d'autres hommes concassent, broient, délaient des poisons, les mélangent et les tournent sur le feu jusqu'à ce qu'ils deviennent de la couleur du deuil, de la couleur de l'enfer...

Les prêtres du dieu que l'on va faire s'enferment alors avec le papier, et ils tracent dessus des caractères.

Ces caractères sont au nombre de vingt-quatre; mais, par leur position, ils changent de signe et de valeur.

S'ils mettent telle de ces figures avant telle autre, après celle-ci, entre ces deux-là,

un homme à cent lieues de là relève la tête, se sent gonflé de joie et d'orgueil, et les autres le vénèrent et l'envient.

Si, au contraire, c'est une autre figure qui est après telle autre et avant telle autre, ce même homme s'abat sous la douleur et la honte, il n'ose plus sortir de chez lui, il évite les regards.

Tout le monde l'attaque, le raille, le bafoue.