Jamais Dieu ne fut si ponctuellement obéi.
Mais, le jour est près de finir; le jour finit, le dieu voit ses autels abandonnés. Le lendemain matin, il ne trouve plus dans ses plus fervents adorateurs que des iconoclastes dédaigneux; il est exposé à plus d'insultes qu'il n'en avait essuyées dans toute la vie pleine de vicissitudes que nous avons racontée.
Jamais dieu ne fut ainsi traité, on le découpe en rond pour couvrir des pots de confiture.
En long pour allumer les pipes.
En carré pour faire aux enfants des poules, des bateaux et des salières.
Il n'est pas d'usage domestique honteux et immonde auquel le pauvre dieu d'hier ne soit exposé aujourd'hui.
Pendant ce temps un autre dieu, qui s'est également glissé sous la porte, vient rendre à son tour ses oracles; il est écouté et obéi avec le même respect et le même aveuglement, jusqu'à ce que le lendemain il aille aux confitures et serve à allumer le feu.
Telle est l'histoire vraie et sans broderie, de la grandeur et de la décadence du chanvre et du lin.
Qui croirait cela du lin, surtout, qui a l'air si innocent, si pur, quand il ouvre au matin ses petites fleurs bleues si légères et si fragiles!
Vale.