—Allons, allons, c'est une plaisanterie.

Non, certes; je ne plaisante pas, et je crois que c'est vous, au contraire, qui plaisantez ou qui me prenez pour un idiot, d'espérer me faire croire que vous attachez plus de valeur à ce petit arbre, barbouillé sur une toile, plat, sans ombre, sans fleurs, sans parfums, sans chants d'oiseaux, qu'à ce grand arbre vivant, qui nous couvre de son ombre fraîche, parfumée et harmonieuse.

Quoi! vous payez 200,000 francs l'imitation imparfaite d'un arbre qui vaut cinq francs! voulez-vous parler de la difficulté vaincue?

Pourquoi donc payez-vous l'imitation des diamants et des rubis moins cher que des rubis et des diamants véritables? Et cependant cette imitation est bien plus parfaite, elle arrive au point de tromper presque tous les yeux. Ces fausses pierreries, ainsi que les vraies, brillent et attirent, sur celles qui les portent, l'admiration, la haine et l'envie; tandis que personne ne se trompe sur la peinture; les oiseaux qui, selon Pline, voulurent manger le raisin de Zeuxis, ne s'y laissent plus prendre aujourd'hui; il n'y en a pas un seul qui s'avisera jamais d'essayer à faire son nid dans un arbre de peintre.

Eh quoi! c'est pour payer si chèrement de pâles imitations de toutes les belles choses que l'on a pour rien, que l'on se ruine, que l'on remplit sa vie de chagrins et de soucis, et que l'on bourre son oreiller d'épines.

Non, non; c'est vous qui plaisantez et qui vous moquez de moi; ou alors je croirais que, vous et ceux qui vous ressemblent, vous êtes de vrais fous.

Vale.