Quelques jours après, même prière et même succès. Le lendemain, c'est la femme qui vient me trouver et qui me dit que si j'étais bien aimable, je leur permettrais d'aller ce soir au spectacle. Je reste.
Le lendemain, ils sortent sans rien dire, et je reste.
Le jour suivant était vendredi.
Vous me demanderez, mon cher ami, ce qu'était pour moi le vendredi, je vais vous le dire:
C'était tout.
C'était toute ma vie, tout mon espoir, tout mon courage.
Ce jour-là je voyais Magdeleine.
Je ne sais quels entrepreneurs avaient établi un théâtre aux portes de la ville, on avait demandé de l'argent à M. Muller qui en avait donné, et recevait pour une bonne partie des intérêts, le droit d'avoir une loge par semaine à ce théâtre. Cette loge, il la prenait d'ordinaire le vendredi.
Ce jour-là, Dieu sait comme j'étais occupé! je cirais une paire de bottes, que je réservais exclusivement pour ce grand jour; je battais, brossais, rebattais et rebrossais ma redingote; je passais de l'encre sur les coutures blanchies; je rattachais quelque bouton ébranlé (pendant toute la semaine j'avais travaillé à m'assurer du linge blanc); j'avais une paire de gants que je raccommodais, que je nettoyais avec de la gomme élastique. Malgré ces travaux et la plus stricte économie, il y avait toujours quelque menue dépense à faire. M. Levasseur ne me donnait pas d'argent, j'y suppléais en copiant quelques écritures à mes moments de loisir; ils étaient peu nombreux, et d'ailleurs, je voulais lire un peu, et puis il me fallait écrire un gros volume sous forme de lettres, que je réussissais quelquefois à glisser à Magdeleine le vendredi, puis je faisais des vers; enfin au moyen de mes écritures, je gagnais à peu près deux francs par semaine. L'entrée du théâtre me coûtait un franc, le reste passait à la blanchisseuse, et de temps en temps aux gants qui, pour être respectés et soignés, n'étaient cependant pas immortels.
Je m'arrangeais toujours de manière à avoir pour le vendredi mes vingt sous pour entrer au théâtre.