—Aujourd'hui, repris-je, il est indispensable que je sorte.
—Il faudra pourtant vous en dispenser, car on ne peut laisser la maison seule, et nous allons au spectacle.
—Mon cher monsieur Levasseur, lui dis-je, je ne voudrais pas vous fâcher; mais il faut cependant que je vous rappelle que, d'après nos conventions, je dois sortir tous les soirs, et qu'en me réservant seulement le vendredi, je vous fais une concession que vous ne pouvez qu'accepter avec empressement.
—Je n'entre pas dans ces raisons-là, me dit-il, et je veux être maître chez moi; je veux bien vous permettre de sortir le vendredi, mais pas aujourd'hui.
Je croyais avoir payé assez cher la rançon de mon cher vendredi, en abandonnant les autres jours de la semaine. Je répliquai que j'étais désolé, mais que je ne pouvais faire autrement que de sortir.
Il me quitta en me disant: vendredi prochain, si vous voulez, mais aujourd'hui, il n'y faut pas penser.
Resté seul, je m'indignai contre moi de ma lâcheté; j'attendis l'heure convenable, je m'habillai et me préparai à sortir. Je trouvai sur le seuil de la porte M. et madame Levasseur en grande parure; madame surtout était goudronnée, et sa robe tenait une place incroyable. Ils avaient espéré me prévenir, pensant qu'eux, une fois partis, je n'oserais pas laisser la maison à l'abandon et je resterais. Je les saluai et passai devant eux. M. Levasseur m'appela; je revins vers eux, en m'excusant sur ce que j'étais pressé.
—Monsieur, me dit M. Levasseur, violet de colère, je vous avais défendu de sortir.
—Monsieur, dis-je froidement, croyez-vous en avoir le droit? Pensez-vous vous conduire avec moi loyalement et honnêtement? Est-ce là ce dont nous sommes convenus?
—Je n'entre pas dans ces raisons-là, me dit-il, je veux être le maître chez moi. Quand je vous défends de sortir, vous ne devez pas sortir.