Celui-là rêve la paix et la fraternité universelles; il prêchera et persuadera la concorde.
Croyez-vous que chacun séparément ne vaille pas le type commun sur lequel tous prétendent se modeler?
Je ne crois pas beaucoup aux méchants; je ne demande pas qu'ils soient exterminés, pas plus que je n'arrache mes belles digitales et mes splendides datura; seulement je ne veux pas qu'ils fassent semblant d'être des cerisiers, ni qu'ils se déguisent en groseilles.
Si la pomme de terre se déguise, on essaiera de manger son fruit, ou on mordra dans ses tubercules crus, et on les rejettera avec dégoût.
Chacun a le droit d'être ce qu'il est, chacun est bien ainsi, chacun porte avec soi des affinités attendues dans la vie par des affinités analogues, des facettes préparées pour d'autres facettes égales, des aspérités qui s'emboîteront dans certains angles rentrants. J'aimerais volontiers toutes les personnes, je ne puis aimer aucun masque.
Il en est de même des animaux et des insectes. L'araignée ne fait pas semblant d'aimer les roses, la cétoine ne proclame pas un goût spécial pour les mouches.
Tout dans la nature est franchement ce qu'il est; l'homme seul, à force de vanité, arrive par un cercle singulier à la plus étonnante marque d'humilité.
Chacun, s'il s'examine bien, se croit supérieur à tous les autres, et fait tout pour faire accepter cette opinion qu'il a de lui-même, par le plus grand nombre possible.
Il ne songe pas que ce qu'il cherche à acquérir, c'est tout simplement des droits incontestables à la haine de ceux qu'il persuadera, à la moquerie de ceux qu'il ne persuadera pas.
Chacun se croit supérieur aux autres, et cependant personne ne se montre tel qu'il est. Comment expliquer cette contradiction?