Il est évident que le seneçon a été créé pour les oiseaux des champs; l'homme décidé, comme je vous le disais hier, à tout rapporter à lui-même, a imaginé pour le seneçon l'usage que voici:

Vous avez mal aux dents.

Le seneçon a été créé exprès pour guérir votre mal de dents.

Vous arrachez un pied de seneçon, vous coupez la racine avec un rasoir ou un canif bien tranchant, vous replantez le seneçon, et vous conservez seulement la partie de la racine que vous avez coupée et que vous appliquez par trois fois sur votre dent malade; il est probable que vous serez guéri, dit Pline; mais cela dépend d'une condition; il faut que le pied de seneçon que vous avez replanté après lui avoir retranché un bout de racine, continue à végéter et à se bien porter.

S'il meurt, votre dent vous fera plus de mal que jamais.

Inclinons-nous, voici le laurier des poëtes, voici le laurier des triomphateurs.

Hélas! aussi le laurier des jambons.

Mais il est un autre laurier plus humble, qui servait aussi a couronner les triomphateurs, et qui a échappé à cette infamie d'être employé dans les sauces et de décorer les membres enfumés d'un animal immonde; c'est le laurier alexandrin, qui ne croît qu'à l'ombre des arbres et dont on retrouve l'image sur des médailles et des monuments anciens.

Le laurier, autrefois à ce qu'il paraît, préservait de la foudre: sous ce rapport, il me semble avoir été remplacé avantageusement par le paratonnerre; il n'a jamais préservé de l'envie ni de la haine, qu'il semble au contraire attirer avec une invincible puissance; la véritable couronne du génie, a toujours été une couronne d'épines, mais de cette belle épine parfumée qui fleurit au printemps et qui cache ses aiguillons ensanglantés sous ses bouquets blancs.

Une autre réputation qu'avait le laurier, était de procurer des songes agréables lorsqu'on en plaçait quelques feuilles sous son oreiller, c'est ce que je compte essayer quelqu'un de ces soirs.