Presque toutes les plantes donnent naissance à des galles différentes, dans lesquelles croissent et se transforment, mangent ou sont mangés, divers insectes. Sur les feuilles de la viorne s'élèvent des galles desquelles sort un petit scarabée de couleur cannelle. Les galles rougeâtres des feuilles du saule renferment une sorte de chenille qui s'en échappe à un certain moment, parce que ce n'est pas dans la galle qu'elle doit se transformer. C'est dans la terre qu'elle va s'enfermer jusqu'à ce qu'elle sorte sous la forme d'une mouche à quatre ailes. Le rosier sauvage a quelquefois une galle recouverte d'une sorte de chevelure verte et rougeâtre, d'un aspect fort singulier. Si l'on garde renfermées quelques-unes de ces galles, on en verra sortir des mouches de trois ou quatre espèces différentes. Il ne faut pas croire cependant qu'elles aient des droits, sinon égaux, du moins pareils à la propriété de ce domicile. Quelques-unes occupent la galle par droit de naissance; c'est leur mère qui l'a formée de sa piqûre, et qui a déposé dedans l'œuf dont provient le ver qu'elles sont avant d'être mouches. Celles-là sont de petites mouches ventrues et bossues; le mâle est tout noir, la femelle a le corselet noir et l'abdomen marron. Voilà les possesseurs légitimes; les autres, à un quasi droit de naissance, joignent un droit de conquête. Voici comment la chose se fait: deux petits œufs assez ronds sont déposés dans la galle chevelue du rosier; une mouche noire et marron a pondu le premier, et a, par sa piqûre, fait croître la galle. Un ichneumon a pondu le second; ces deux œufs restent quelque temps ensemble, éclosent et deviennent deux vers. Le premier mange l'intérieur de la galle, qui croît et pousse à mesure, le second suce le premier, qui répare à mesure ce que l'autre lui mange, comme Prométhée sous le vautour qui mange son foie, immortale jecur. En effet, un ver carnassier mourrait bien vite de faim s'il s'avisait de dévorer le ver qui est seul renfermé avec lui. Un homme ne vivrait pas longtemps s'il n'avait à manger qu'un seul mouton.

Mais voici le soleil couché, le jour baisse; j'oublie de regarder, ou je regarde vaguement, en proie à une douce rêverie que vient accroître la cloche de l'église qui sonne la fin du jour; les premières étoiles paraissent à travers le feuillage; que sont ces étoiles? Les plus savants astronomes nous disent à quelle distance les planètes sont de notre terre, ils savent lesquelles marchent et quelle route elles suivent; mais voilà où se borne leur science. Supposons qu'on vint nous dire: l'Angleterre est située sous tel degré de latitude, c'est une île, on croit distinguer des montagnes. Nous ne croirions pas connaître très-bien l'Angleterre; mais c'est cependant le point où s'élèvent les connaissances astronomiques, et, que de travaux, de soucis, d'inventions, de veilles, de calculs, il a fallu pour en venir là.

Ces globes de feu sont-ils des mondes comme le nôtre? Oh! alors, mon ami, quelle plaisanterie que les voyages! que signifie de faire plus ou moins de chemin dans un des globes plus nombreux peut-être que le sable de la mer qui gravitent autour du soleil. Vous serez bien fier quand vous aurez fait le tour de notre monde; et il y a là-haut plus de mondes peut-être que vous n'aurez dans vos voyages soulevé de grains de poussière sous vos pieds, et ces mondes-là sont inabordables pour vous; il y a de ces mondes si éloignés, que chacun d'eux ne forme à nos yeux qu'un grain impalpable d'une poussière lumineuse. Il y en a probablement, disent certains savants, qui sont si éloignés de nous, que leur lumière n'est pas encore arrivée à nous depuis l'origine de notre monde, quoique la lumière fasse quatre millions de lieues par minute.

A la bonne heure! voilà ce que j'appelle des voyages et des distances; que signifient les deux ou trois mille lieues que vous aurez faites quand vous reviendrez. Vraiment cela ne vaut pas la peine de se déranger.

Ces mondes sont-ils destinés à recevoir les âmes de ceux qui meurent? la mort est-elle le commencement de l'immortalité? à ce moment suprême, les ailes de notre âme se développent-elles comme les ailes du papillon qui sort du linceul qu'il s'est filé étant chenille?

Le vent m'apporte par bouffées de douces odeurs et des sons éloignés. De bien loin j'entends les sons d'un cor de chasse qui se perd dans le bruissement des feuilles, l'air fraîchit, je vais rentrer.

Avez-vous vu dans votre journée autant de choses singulières que j'en ai aperçues sans changer de place et couché sur le dos dans l'herbe?

Demain je m'étendrai sur le ventre.

LETTRE XII.
DES COULEURS.