Arnold rentre chez lui très préoccupé; depuis longtemps il avait remarqué cette femme, mais la sensation désagréable qu'il avait ressentie en apprenant sa visite chez M. Dulaurier, l'avertit qu'il s'intéressait à elle plus qu'il ne l'avait cru jusque là. Le jardinier préparait les rayons pour ses douze tulipes, Arnold l'arrête et lui dit:—Pensez-vous qu'on puisse faire un très beau jardin de cette cour?
—Impossible, Monsieur, votre cour est grande comme la main.
—C'est vrai, je voudrais pourtant bien avoir un beau jardin.
—Donnez-moi du terrain, Monsieur, et je m'en charge.
—Je n'ai que cette cour.
—La maison que Monsieur habite lui appartient-elle?
—Oui.
—Pourquoi alors Monsieur n'achète-t-il pas ce grand enclos qui sépare la maison de Monsieur de celle de M. Durut, et que M. Durut veut vendre; on dit que ce sera vendu pour rien.
—Voyons l'enclos.
En effet, l'enclos est grand, quelques parties même sont déjà plantées, un beau rideau de peupliers le sépare du jardin de M. Durut: on va chez le notaire, on vend fort bon marché, Arnold achète et paie, et le jardinier se met à l'œuvre; on remet dans sa cour le chien qui pendant trois nuits n'a pas un instant discontinué ses hurlements.