—C'était une raison de plus pour ne pas insister, il aurait dû comprendre que je voulais être seul. Si tu le laisses entrer encore une fois, je te renverrai.
—Mais, Monsieur, alors ne vous montrez pas dans le jardin.
Arnold alors se livra à une sortie éloquente: comment, j'ai acheté le terrain de ce vieux scélérat, et je ne pourrais m'y promener librement! m'a-t-on averti que la propriété était soumise à l'intolérable servitude d'y souffrir sans cesse sa présence. Le jardin est à moi, je l'ai payé, j'y suis chez moi, je ne veux pas le payer une seconde fois, et mille fois plus cher, par l'ennui que cet infatigable plaideur m'y apporte chaque jour. J'avais espéré avoir la patience d'attendre que les peupliers eussent des feuilles, mais tu entends, Pierre, je ne veux plus le voir. M. Durut se présente le lendemain, même réponse de Pierre, même insistance de M. Durut.
—Mais Pierre, je sais bien qu'il y est, je viens de le voir dans mon jardin.
—C'est possible, mais c'est Monsieur qui m'a dit lui-même qu'il n'y était pas.
—Alors, Pierre, allez lui dire que c'est moi.
—Monsieur, c'est inutile, il n'y est pour personne.
—C'est égal, allez lui dire que c'est moi.
—Monsieur, je n'irai pas, Monsieur me renverrait.
M. Durut retourna chez lui, et de sa fenêtre appela Arnold.—Ohé, voisin; Arnold fit semblant d'être très occupé et ne répondit pas. Mais M. Durut ne se décourageait pas pour si peu.—Ohé, voisin, criait-il, ohé, monsieur Arnold. Arnold aurait voulu le battre.—Ohé, jardinier, cria M. Durut, dites donc à M. Arnold que je l'appelle. Arnold quitta le jardin. Les feuilles sont bien lentes à pousser, disait-il en soupirant. Le lendemain, M. Durut vint le voir, trouva chez Pierre la même obstination, et retourna à sa fenêtre appeler Arnold. Celui-ci fit un peu la sourde oreille, mais enfin la patience lui échappa.