Les tiges de cette plante contiennent une espèce de moelle d'un goût fort agréable.
Une sorte de cresson à petites feuilles arrondies et luisantes s'étend sur le bord de l'eau et jusque dans l'eau; il se couronne de petites fleurs d'un beau bleu sombre.
Mais voici la reine des prés! Elle ne rampe pas, elle! elle élève fièrement au milieu des autres plantes sa tige qui sort d'un feuillage riche et touffu, d'un vert foncé au-dessus et blanchâtre au-dessous. Cette tige porte triomphalement un beau thyrse de petites fleurs blanches charmantes; épanouies au bas du thyrse, elles offrent, au haut, des boutons dont la forme rappelle les boutons de la fleur de l'oranger; ses fleurs, dont l'odeur est douce et délicate, mêlées dans le vin, lui donnent le fumet du vin de Malvoisie, ce qui m'inquiète relativement au fait que voici.
On sait qu'un duc de Clarence, frère d'un roi d'Angleterre, condamné à mort, demanda pour toute grâce qu'on l'étouffât dans un tonneau de vin de Malvoisie.
En effet, il y a bien des moments dans la vie où on serait enchanté d'être mort. Ce n'est que de mourir qui est désagréable; aussi l'aspect de la mort change-t-il beaucoup, suivant les circonstances.
La mort n'est pas ce grand squelette invariable que l'on nous présente d'ordinaire; elle a toutes sortes de formes et de figures, et dans le nombre il y en a beaucoup qui semblent beaucoup moins désagréables que d'autres.
Voyez-la à la guerre, elle est accompagnée du bruit des clairons et des tambours, entourée de fumée et de l'odeur capiteuse de la poudre. Glorieuse et noble, promettant des honneurs, des rubans, des grades, et les douces récompenses de l'amour et des regards d'admiration, elle invite à la suivre, et c'est volontairement que l'homme enivré se jette dans ses bras.
Voyez-la dans un lit: le malheureux qui l'attend ne respire plus l'odeur irritante de la poudre, mais l'odeur débilitante des tisanes et des cataplasmes. Il meurt en détail; il meurt faible, craintif, idiot, se cramponnant de l'âme à la vie, et des ongles aux couvertures et aux rideaux de son lit, et aux draps qui lui serviront de linceul.
Le duc de Clarence fut donc étouffé comme il l'avait demandé.
Mais, s'il est un moyen de tromper, de voler, de donner une chose pour une autre, soyez sûr que c'est un secret très-répandu.