1868

A MESSIEURS
DE
L’ACADÉMIE FRANÇAISE

HOMMAGE RESPECTUEUX
OFFERT

PAR AMBROISE FIRMIN DIDOT
IMPRIMEUR-LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

OBSERVATIONS
SUR
L’ORTHOGRAPHE
OU ORTOGRAFIE
FRANÇAISE.


Remédier aux imperfections encore si nombreuses de notre orthographe, imperfections qui démentent la logique et la netteté de l’esprit français, serait chose bien désirable à un double point de vue: le bon et rapide enseignement de la jeunesse, la propagation de notre langue et de ses chefs-d’œuvre. Mais cette tâche est bien plus difficile que ne le supposent ceux qui, frappés des abus, ne se sont pas rendu compte de la nature des obstacles, ainsi que des efforts divers tentés depuis trois siècles pour la solution d’un problème aussi compliqué.

C’est à l’Académie française, à cause même de sa légitime influence sur la langue et de l’autorité de son Dictionnaire, devenu depuis longtemps le Code du langage, qu’il convient d’examiner, en vue de la nouvelle édition qu’elle prépare, les modifications à introduire dans l’orthographe, pour satisfaire, dans une juste mesure et conformément à ses propres précédents, aux vœux le plus généralement manifestés.

Fidèle à son institution et à sa devise, l’Académie, tout en tenant compte des nécessités du présent, jette au loin ses regards sur l’avenir pour conduire, de degré en degré, la langue française à sa perfection.

Grâce aux améliorations successivement introduites par l’Académie dans les six éditions de son Dictionnaire, améliorations attestées par la comparaison de celle de 1835 avec la première de 1694, ce qui reste à faire dans notre orthographe est peu considérable, et pourrait même être admis en une seule fois, si l’Académie se montrait aussi hardie qu’elle l’a été dans sa troisième édition.