«Qui dictus dictionarius anno dñi millesimo CCCCo quadragesimo (1440) mensis aprilis die ultimo completus fuit et finitus.

«Pro quibus laboribus ego supradictus hujus operis compilator vos obsecro omnes in visceribus caritatis quicumque in libro isto studere volueritis ad Christi laudem et gloriam michi ex diuina gratia rependatis.

«Quatinus pro salute anime mee Salutationem beate Marie semper virginis dicere vos velitis. Quatinus vestris oracionibus et precibus adjutus omniumque meorum percepta venia peccatorum una vobiscum ad eterna valeam peruenire gaudia. Ubi jam reuelata facie illa vera et coeterna perfruamur sapientia cum patre et spiritu sancto per infinita secula. Amen. Amen.

«Cest liure est et appartient [aux chartreux pres dabbeuille[86]] en pontieu de leuesquiet damiens. Qui lara le rende. Explicit.»

[86] Ce passage a été gratté dans le XVIe siècle.

Je n’insisterai pas sur l’intérêt que ce beau manuscrit, d’une écriture soignée et très-lisible, présente pour l’histoire de notre langue, dont il offre le tableau complet à une époque bien déterminée, et non cette promiscuité des temps et des lieux inévitable dans les glossaires actuels du vieux français. Il est facile, en le parcourant, d’apprécier quel était l’état de l’idiome «gaulois» sous le règne de Charles VII, pendant la période de l’invasion étrangère, si funeste aux études et aux lettres. Le soin apporté par l’auteur au classement des mots, soin que je n’ai pu constater dans aucun des glossaires manuscrits que j’ai vus, la justesse des synonymies et des définitions, en font une œuvre à part, un corpus général de notre vieux langage en même temps que du latin, à l’époque qui précède immédiatement celle où les érudits de la Renaissance allaient, non plus seulement introduire dans le français une couche nouvelle de mots de forme latine, mais le replonger vivant dans le moule du latin littéraire de Cicéron et de Virgile, en substituant un calque romain à la forme propre au vieux langage français et conforme à ses procédés phoniques.

Sous plusieurs rapports le Dictionnaire latin-français de Le Ver jette un nouveau jour sur l’état de l’écriture et de la prononciation au commencement du XVe siècle. On y voit combien l’orthographe des mots latins s’était déjà simplifiée et se rapprochait de la simplicité de forme figurative de la prononciation. On y lit ainsi écrite cette série de mots: antitesis, antrax, antropofagi, antropoformita, antropos sans ph; tous ces mots sont expliqués en latin, le mot français pour le traduire ne faisant pas encore partie de notre langue; mais on voit ainsi écrits et traduits les mots: IDRA, idre; IDROPICIA, idropisie, IDROPICUS, idropiques; IDROMANCIA, devinemens par les eaux; IPOTECA, ipoteque; IPOTECARIUS ou APOTECARIUS, apoticaire; ANTECRISTUS, antecrist; TIRANNUS, tirans; LIRA, lire; MISTERIUM, mistere; MARTIRIUM, martire, etc.

Ces explications des mots latins encore privés de correspondants français sont quelquefois curieuses et instructives pour nous refléter les idées de l’auteur et de son temps. Je lis aux mots Theatrum, Comedia, Tragedia

«Theatrum. A theoro, ras, quod est videre: dicitur hoc

«Theatrum, tri, pe(nultima) cor(ripitur). I. Spectaculum ubicumque fiat. s(eu) locus in quo omnis populus aspiciat ludos. scilicet locus in civitatibus ubi exercentur joca et ludi. Id. Ubi decollabantur rei. Id. Plache commune où on fait les jeux ou quarrefour[87].