—Oh! madame, est-ce bien vous? s'écria la camériste.
—Est-ce que tu peux me comprendre! lui dit la pauvre amante, tu n'aimes pas, toi!
Mme de Châteaufort brisa le cachet; mais ses yeux étaient pleins de larmes: elle ne voyait rien.
—Tiens! lis! dit-elle à Camille; j'en deviens folle!
Et couvrant son visage de ses mains, elle attendit.
Camille prit la lettre, elle contenait les quelques lignes que voici:
«Madame,
«Vous m'avez ravi le droit de venger M. d'Assonville, mais je vous recommande sa dépouille mortelle; rendez à son corps le repos que vous avez refusé à son coeur. M. d'Assonville m'a chargé d'une mission sacrée. Si je vous vois jamais, ce sera pour lui obéir et prêt à tout. Ce qu'il aura voulu, je le voudrai; faites en sorte que je ne sois point forcé de vous haïr.
«BELLE-ROSE.»
Mme de Châteaufort se renversa en arrière, pâle, inanimée. Elle n'avait plus ni voix pour se plaindre, ni larmes pour pleurer; une fièvre ardente la dévorait. Cependant Belle-Rose, laissant son cheval au premier relai, prit un bidet de poste, et, faisant diligence, arriva le lendemain à Cambrai, où se trouvait alors le régiment de M. de Nancrais. M. de Nancrais travaillait dans sa chambre lorsque Belle-Rose se présenta devant le planton de service. Au son de sa voix, M. de Nancrais sauta de sa chaise et courut lui-même ouvrir la porte; à peine Belle-Rose l'eut-il passée, que son capitaine la repoussa violemment.