—Si la consigne me le permet, volontiers.

—Prends donc cette lettre et porte-la tout de suite à M. de Nancrais. S'il n'était pas chez lui, cherche-le jusqu'à ce que tu l'aies trouvé, et ne reviens pas sans la lui avoir remise en mains propres.

—C'est donc pressé?

—Un peu. Il y va de la vie d'un homme.

—Je cours.

M. de Nancrais, tout entier à la douleur que lui causait la mort de son frère, avait donné l'ordre qu'on ne le dérangeât point; mais au nom de Belle-Rose il fit introduire le sapeur et prit la lettre. Elle ne contenait que ces lignes:

«Capitaine, si vous n'étiez pas M. de Nancrais, je ne vous dirais rien de ce qui s'est passé entre le caporal la Déroute et moi; mais en vous confiant ce secret, je suis bien sûr qu'au lieu de le punir, vous empêcherez mon pauvre camarade de se perdre: la Déroute compte me faire évader cette nuit. J'ai vainement tenté de le dissuader, il persiste et s'expose à être fusillé pour me sauver. Je ne tiens plus à la vie, et quoi qu'il fasse, je suis résolu à subir mon sort, mais je ne veux pas le lui faire partager. C'est un honnête homme que je serais désespéré de voir mourir. Protégez-le contre lui-même.

«BELLE-ROSE.»

M. de Nancrais froissa la lettre.

—Va dire à Belle-Rose que je ferai ce qu'il demande, dit-il au sapeur qui tourna sur ses talons.