Le lendemain, à dix heures, le prévôt entra dans le cachot. Belle-Rose dormait couché sur le grabat; après une nuit passée en pieuses exhortations, la fatigue du corps l'avait emporté sur les angoisses de l'esprit. Le prêtre priait, agenouillé sous l'image du Christ. Le prévôt frappa sur l'épaule du condamné.

—Debout, sergent, dit-il, voici l'heure.

Belle-Rose se leva soudain. Le prêtre s'avança vers lui.

—Mon père, pardonnez-moi mes fautes, lui dit le soldat en pliant les genoux.

Le prêtre leva les mains vers le ciel.

—Condamné par les hommes, je vous absous devant Dieu, dit-il; vous avez souffert, allez en paix.

Et du doigt il traça le signe de la rédemption sur le front du patient. Puis le prêtre et le soldat s'embrassèrent. Belle-Rose portait encore les vêtements qui lui avaient été donnés par Mme de Châteaufort. Il ôta son justaucorps, qui était en drap de soie rouge avec des brandebourgs, et pria le prévôt de lui permettre d'en faire présent au geôlier; quant à l'argent qu'il portait dans sa ceinture, il le lui remit pour être distribué aux soldats de garde.

—J'en excepte cinq louis, dit-il, que je destine aux fusiliers; je leur dois bien quelque chose pour la peine.

Un lieutenant en grande tenue parut sur le seuil de la porte.

—Sergent Belle-Rose, en avant! dit-il.