Et M. de Nancrais tendit au jeune homme un papier revêtu des armes du roi.
—J'ai trouvé ce brevet parmi les papiers qui m'ont été envoyés de
Paris. Il est en règle et vous n'avez qu'à obéir.
—Une lieutenance! à moi! dit Belle-Rose.
—Le ministre fait bien les choses, quand il les fait, reprit M. de Nancrais; la grâce, une promotion et cent louis encore pour votre équipage. En voici l'ordonnance: c'est une somme que le trésorier du régiment vous comptera demain.
M. de Nancrais jouissait de la surprise et de l'émotion de Belle-Rose, dont les regards allaient de Cornélius au capitaine, et du capitaine au brevet.
—Vous aurez la survivance de M. de Villebrais, continua M. de Nancrais, de M. de Villebrais, que le corps des officiers chasse du bataillon en attendant qu'il rende à Dieu compte de ses infamies.
—Fasse le ciel qu'il passe sur mon chemin! s'écria Belle-Rose.
—C'est une querelle dont je prendrais la moitié, dit le capitaine, s'il était digne de notre haine. Mais laissons au temps à faire son oeuvre. La journée qui commençait mal finit bien, Belle-Rose, et les bonnes nouvelles arrivent coup sur coup. Demain nous partons pour la frontière du Nord.
—Est-ce la guerre?
—C'est la guerre, et notre bataillon est attaché au corps d'armée que commande M. le duc de Luxembourg. C'est un vaillant homme de guerre, et sous ses ordres tu trouveras promptement l'occasion d'étrenner ton épée. Tiens-toi prêt; les trompettes sonneront demain au point du jour.