Tous deux s'y jetèrent à l'instant et filèrent dans la direction du camp, dont les premières tentes se voyaient à un mille en avant.

Quelques détonations éclatèrent de distance en distance, mais les balles, chassées au hasard, labouraient les épis sans atteindre les fugitifs.

—Ils nous croient donc bien riches! dit Cornélius en riant. Vous verrez que ces maraudeurs sont des marchands ruinés par la guerre.

Profitant des haies, des taillis, des sentiers creux, Belle-Rose et Cornélius, le pied leste et l'oeil au guet, gagnèrent les abords du camp sans coup férir. La première vedette n'était plus qu'à une centaine de pas, lorsque Belle-Rose, donnant du pied contre une souche, trébucha; au même instant, deux balles, passant au-dessus de lui, s'enfoncèrent dans le tronc d'un chêne.

—Bienheureuse chute! dit Belle-Rose, je lui dois la vie.

Quelques soldats accoururent au bruit de ce dernier coup, et Cornélius, mettant l'épée à la main, s'élança vers un champ voisin, d'où s'envolait un flocon de vapeur. Mais déjà les maraudeurs avaient disparu.

—Allons! dit-il en revenant auprès de Belle-Rose, voilà une guerre où il n'y aura pas grand honneur à vaincre. Quels maladroits!

Ils traversaient le camp lorsque, au détour d'une rue, Cornélius poussa Belle-Rose du coude.—Regardez, lui dit-il. Belle-Rose leva les yeux et vit M. de Villebrais qui passait à cheval.

—Voilà, j'imagine, le capitaine des maraudeurs, reprit Cornélius.

XX