Quand ils furent sortis, M. de Villebrais se tourna vers l'officier qui l'accompagnait.
—Avez-vous, monsieur, lui dit-il, dans quelque régiment de l'armée, de ces hommes qui ne reculent devant aucune entreprise et savent tout risquer dans l'espoir d'un gain honnête?
—Nous avons malheureusement trop de ces hommes-là. Vous cherchez des soldats, vous trouverez des bandits.
—Voudriez-vous, monsieur, me conduire au quartier de ces gens-là?
—C'est ici, derrière ce bouquet de frênes. Ils servent dans le corps de
M. le duc d'Ascot.
L'officier pressa le pas.
—Voilà, monsieur, dit-il en s'arrêtant derrière les frênes, et du doigt il lui montra une ligne de tentes où, malgré l'heure avancée de la nuit, retentissait un bruit confus de chants et de cris.
Autour des tentes, éclairées par des chandelles fichées au bout des fusils, on voyait un grand nombre de soldats qui jouaient aux dés sur la peau des tambours; d'autres dormaient ça et là, d'autres buvaient, d'autres encore se querellaient. Les bouteilles vides volaient en pièces, les joueurs juraient; les plus irascibles soutenaient leur opinion le pistolet au poing; les femmes allaient et venaient, s'arrêtant aux endroits où l'argent sonnait; il y avait dans un coin un soldat qui râlait, la gorge ouverte, et près de lui deux cuirassiers qui vidaient sa bourse.
—Il y a là des hommes de tous les pays, dit l'officier à M. de Villebrais; le moindre d'entre eux a déserté cinq fois: j'imagine qu'ils s'entendront avec vous.
M. de Villebrais jeta un regard froid sur l'Espagnol.