—Si frêle de corps et si forte d'âme! murmura-t-il.
Claudine passa ses bras autour du cou de son frère et l'entraîna.
—Viens, lui dit-elle, viens.
Comme ils venaient de franchir la petite porte du jardin, un officier supérieur se présenta devant eux. C'était un homme déjà vieux, mais qui le paraissait encore davantage à cause de sa taille un peu voûtée et de la difficulté qu'il éprouvait à marcher.
—Bonjour, mon enfant, dit-il à Claudine d'un air doux, et il salua les deux jeunes gens.
Mais en passant devant Belle-Rose, il le regarda avec une expression si singulière, que celui-ci ne put s'empêcher de baisser les yeux; il lui semblait que ce regard à la fois triste et doux fouillait dans son coeur et en éclairait les plus secrètes pensées. Après un court instant donné à cette muette observation, le vieil officier entra dans le jardin. Il venait de disparaître derrière les arbres, que Belle-Rose voyait encore son visage, où s'alliaient si bien la souffrance du corps et la sérénité de l'esprit. Belle-Rose se tourna vers Claudine comme pour l'interroger.
—C'est M. d'Albergotti, dit-elle.
Et aussitôt elle ajouta pour dissiper une triste préoccupation:
—Une grande joie t'est réservée, mon frère; cette joie, tu vas la goûter.
—Qu'est-ce? fit Belle-Rose, dont la pensée était ailleurs.